SPR & régénération urbaine : à Troyes, repenser les centres anciens comme des territoires vivants

16 Juil 2026

Le 25 juin 2026, la Ville de Troyes accueillait la quatrième étape des Rencontres Sites & Cités organisées à l’occasion des 10 ans de la loi LCAP.

Consacrée à la régénération urbaine en Sites patrimoniaux remarquables (SPR), cette journée interrégionale Grand Est / Bourgogne-Franche-Comté a réuni une cinquantaine de participants sur place et une trentaine en visioconférence. Au total, près de 80 professionnels du patrimoine, de l’urbanisme et de l’aménagement ont participé aux échanges.

Une journée dédiée à la régénération urbaine

Au fil de la journée, une conviction s’est progressivement imposée : les Sites patrimoniaux remarquables ne peuvent plus être envisagés comme de simples espaces à préserver. Face aux défis climatiques, économiques, démographiques et sociaux, ils doivent être pensés comme des territoires vivants, capables d’évoluer tout en préservant ce qui fait leur identité.

La journée a été ouverte par Bruno Baudoux, adjoint au Maire de Troyes en charge de l’urbanisme, des espaces bâtis du Secteur sauvegardé et de la présidence de la Commission d’appel d’offres et de la commande publique, Didier Herbillon, Président de Sites & Cités remarquables de France et Maire de Sedan, ainsi que Vincent Cassagnaud, Directeur régional adjoint de la DRAC Grand Est.

Dans son intervention, Bruno Baudoux a rappelé les difficultés auxquelles sont aujourd’hui confrontées les collectivités pour restaurer le bâti ancien dans un contexte économique particulièrement contraint. En tant qu’écologue, il a suggéré d’adapter au patrimoine bâti la méthode « Éviter, Réduire, Compenser », largement utilisée dans le domaine environnemental, afin de mieux orienter les investissements vers les immeubles présentant les plus forts enjeux patrimoniaux tout en facilitant la réhabilitation du reste du tissu urbain.

Vincent Cassagnaud a, quant à lui, replacé ces réflexions dans un contexte plus global. Adaptation au changement climatique, maintien de la mixité sociale, désertification commerciale, développement des locations touristiques ou encore nouvelles attentes résidentielles imposent aujourd’hui de repenser les modes d’intervention dans les centres anciens. Il a invité les acteurs du patrimoine à « ne pas avoir peur d’innover », rappelant que les villes historiques n’ont jamais cessé d’évoluer au fil de leur histoire.

Après un panorama des Sites patrimoniaux remarquables du Grand Est et de la Bourgogne-Franche-Comté présenté par Lorenzo Diez, Conseiller à l’architecture à la DRAC Grand Est, et Gaël Tournemolle, Conseiller à l’architecture à la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, Bruno Mengoli, Inspecteur des patrimoines et grand témoin de la journée, a posé le cadre des échanges.

Son intervention introductive a rappelé la définition introduite par la Loi LCAP des SPR « les SPR visent à protéger des villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, d’un point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public ».

Selon lui, la question n’est plus de savoir s’il faut transformer les centres anciens, mais comment accompagner ces transformations en respectant les permanences de leur morphologie, leurs qualités architecturales et leur histoire. « La ville n’est jamais finie », a-t-il rappelé, soulignant que les centres historiques se sont toujours construits par strates successives.

Cette approche a constitué le fil conducteur des deux tables rondes consacrées aux nouvelles approches du renouvellement urbain et aux leviers opérationnels de transformation des centres anciens. Les retours d’expérience présentés :

  • par Soizik Bechetoille, Architecte des bâtiments de France et cheffe de service de l’UDAP de la Nièvre, Camille André, Architecte du patrimoine (Atelier Grégoire André) et chargée d’étude de SPR et de PSMV, Amaël Raphaneau, Architecte, urbaniste et chargé d’étude de SPR et de PVAP, et Chloé Blache, Architecte à l’agence BQ+A Architectes et associés, lors de la première table ronde,
  • puis par Didier Herbillon, Président de Sites & Cités remarquables de France et Maire de Sedan, David Colet, Directeur général des services de la Ville de Sedan, Xavier Vittori, Directeur de l’urbanisme et du développement urbain de la Ville de Troyes, Jean-Philippe Cauquelin, Architecte des bâtiments de France et chef de service de l’UDAP de l’Aube, Richard Zeiger, Adjoint à l’urbanisme de la Ville de Joigny, et Romain Brodard, Expert Habitat et Renouvellement urbain chez Urbanis, lors de la seconde, ont également mis en évidence la nécessité de faire évoluer les documents patrimoniaux afin qu’ils accompagnent davantage les projets, tout en conservant leur ambition première de protection.

Tous ont montré que la régénération urbaine dépasse l’échelle du bâtiment. Les projets les plus aboutis privilégient désormais une réflexion à l’échelle de l’îlot, du quartier ou du centre ancien dans son ensemble, en articulant habitat, espaces publics, paysage, développement économique et transition écologique.

Les échanges ont également mis en évidence la nécessité de faire évoluer les documents patrimoniaux afin qu’ils accompagnent davantage les projets, tout en conservant leur ambition première de protection.

Autre enseignement majeur : la réussite des opérations repose autant sur les outils réglementaires que sur la capacité des collectivités à mobiliser une ingénierie adaptée, à construire un dialogue entre élus, services de l’État, Architectes des bâtiments de France, opérateurs, habitants et professionnels du patrimoine, et à inscrire leurs interventions dans une stratégie de long terme.

En conclusion de la journée, Bruno Mengoli est revenu sur les principaux enseignements des échanges en proposant cinq principes susceptibles d’orienter les futures politiques de régénération des Sites patrimoniaux remarquables : privilégier la reconquête des centres anciens avant toute extension urbaine, adapter les exigences réglementaires aux différentes échelles d’intervention, reconnaître que certaines transformations peuvent améliorer durablement l’habitabilité du bâti, s’appuyer sur les trames historiques qui structurent les villes et réserver les démolitions aux situations où elles permettent une amélioration environnementale et qualitative des îlots.

À travers cette synthèse, il a rappelé que la régénération urbaine ne consiste pas à opposer protection patrimoniale et évolution de la ville, mais à les penser conjointement afin de construire les centres anciens de demain.

En conclusion, la régénération urbaine comme défi des SPR

Au-delà des nombreux retours d’expérience, cette journée aura surtout confirmé que la régénération urbaine constitue aujourd’hui l’un des principaux défis des Sites patrimoniaux remarquables. Plus qu’une politique de protection, elle appelle une approche globale associant patrimoine, habitat, transition écologique, développement économique et qualité de vie.

Les échanges de Troyes illustrent ainsi une évolution profonde des pratiques : préserver le patrimoine ne consiste plus seulement à conserver ou restaurer l’existant, mais à permettre aux centres anciens de continuer à évoluer pour demeurer des lieux de vie attractifs, habités et durables.