Le 15 septembre dernier, la ville de Dinan accueillait notre cinquième Journée inter-régionale du cycle national consacré aux 10 ans de la loi LCAP.
Consacrée aux liens entre Sites patrimoniaux remarquables (SPR), le Paysage comme écrin et la nature en ville, cette rencontre Bretagne / Pays de la Loire a réuni près de 120 participants (dont une moitié était sur place et l’autre en ligne) : élus, services de l’État, dont Architectes des bâtiments de France, urbanistes, architectes, techniciens et experts du patrimoine.
Les échanges ont porté sur la manière dont les SPR prennent en compte aujourd’hui le grand paysage, les ressources naturelles, la biodiversité, la gestion de l’eau, la nature en ville, les relations entre patrimoine bâti et patrimoine naturel. Après les interventions introductives de Laurence Le Du, Adjointe en charge de la transition écologique et du cadre de vie à la ville de Dinan, de Florence Sirot, Directrice de Sites & Cités, et de Hélène Fribourg, Directrice régionale adjointe des affaires culturelles de Bretagne, Christophe Grange (DRAC Bretagne), Denis Lefort (DRAC Bretagne) et Etienne Bartczak (DRAC Pays de la Loire) ont dressé un panorama des SPR de leurs territoires et des évolutions observées depuis la loi LCAP.
Dominique Laprie-Sentenac, Inspecteur des patrimoines et de l’architecture, après avoir rappelé la définition, au sens de la loi LCAP du paysage relié aux villes, villages, quartiers ; a introduit la thématique de « Paysage et cadre de vie » à partir de 4 grands principes :
- La nature et le paysage :
L’importance de la prise en compte des espaces naturels dans les SPR (80 % des SPR post LCAP concernent des communes rurales) :
- Espace naturel comme écrin
- Espace naturel dans le noyau urbain
- Le territoire d’un paysage :
- Socle géographique du territoire qui va au-delà des limites communales (PNR, intercommunalités…)
- Socle administratif du territoire qui contient de multiples dispositions (PLU, PLUi, M.H., servitudes d’utilité publique, OAP…)
- La perception du paysage :
- Perception physique
Par l’arpentage, le regard, les sons, on identifie des points de vue, des perspectives, des ruptures d’échelle, des repères, des fractures qui fabriquent et délimitent le territoire.
- Perception culturelle
La lecture et la cohésion du territoire se fait aussi au travers des pratiques culturelles immatérielles (religieuse, traditionnelle, ancestrale…) ou du regard d’artistes sur ce territoire (peinture, littérature, films…)
- Le paysage habité :
Le paysage n’est pas figé, il évolue dans le temps au gré des actions et des habitants :
- Extensions historiques
- Évolution du tissus bâti, agricole ou naturel
- Collectifs habitants (commission locale)
Deux tables rondes ont ensuite structuré les débats :
- L’écrin paysager : où placer le trait ?
- Nature en ville : adapter les centres anciens aux enjeux contemporains.
Les retours d’expériences présentés par les villes de Dinan, Nantes, Angers, Saint-Aubin-du-Cormier, ABF, architectes du patrimoine, urbanistes, paysagistes ont mis en évidence plusieurs enseignements:
- Plus qu’un décor, le paysage est le socle du projet de territoire
La délimitation est territoriale plutôt qu’administrative et la protection doit s’organiser autour de structures géographiques et visuelles concrètes (lignes de crête, vallées fluviales, topographie, perspectives visuelles lointaines). - Le passage d’une protection statique à la gestion d’un « patrimoine vivant » impacté par les changements climatiques
L’approche environnementale est progressivement intégrée dans la réglementation (PSMV et PVAP). On protège la biodiversité dans son ensemble (trames vertes et bleues, petite faune, qualité et vie des sols, gestion de l’eau). Face à la hausse des températures, la nature devient « l’outil » majeur de la résilience des centres anciens (ombrage, évapotranspiration, désimperméabilisation, jardin de pluie, choix des essences). - La co-construction et le dialogue comme vecteur de construction
La réussite d’un SPR repose tant sur un dialogue permanent entre les élus locaux, les services de l’État (les ABF s’inscrivant dans une démarche d’accompagnement de projet), et des équipes d’étude transversales (architectes, paysagistes, botanistes, écologues), que sur la transversalité technique : Nantes et Angers soulignent l’importance stratégique d’aligner les documents d’urbanisme (PLU et PSMV/PVAP) et de décloisonner les services municipaux pour surmonter les contraintes techniques (gestion des réseaux souterrains) et financières (coûts de gestion de la nature en ville). - La pédagogie et l’implication citoyenne comme leviers de réussite
Pour éviter le rejet des contraintes réglementaires par la population, un effort massif doit être déployé sur l’acculturation et la médiation.
La mise en œuvre opérationnelle s’appuie directement sur les citoyens, l’habitant devient acteur du paysage, que ce soit pour évaluer la perception du paysage (observatoire de l’environnement à Dinan) ou pour participer concrètement à la renaturation (permis de végétaliser et gestion des jardins privés à Saint-Aubin et Angers).
La journée s’est achevée par deux parcours de visite du Site patrimonial remarquable de Dinan, permettant d’illustrer concrètement plusieurs des thématiques abordées durant les échanges.
Cette rencontre s’inscrit dans le cycle national des Journées inter régionales consacré aux 10 ans de la loi LCAP. Le prochain rendez-vous se tiendra le 1er octobre 2026 à Lille autour de la thématique « SPR & habitabilité ».
Nous remercions la ville de Dinan pour son accueil ainsi que l’ensemble des participants, intervenants et partenaires qui ont contribué à la réussite de cette journée.

