Cette jour­née, orga­ni­sée en par­te­na­riat avec le Ministère de la Culture et la ville d’Angoulême, était l’occasion d’interroger la place de la nature dans les PSMV des centres anciens, d’aborder la métho­do­lo­gie et les outils employés, à tra­vers les expé­riences de Rochefort et d’Angoulême. Cette mise en réseau d’élus, de pro­fes­sion­nels du patri­moine, de l’environnement et de l’urbanisme consti­tue le pre­mier niveau d’une réflexion glo­bale.

Xavier BONNEFONT

Maire d’Angoulême et Président de la CA du Grand Angoulême

Pascal MONIER

Adjoint au Maire en charge de la poli­tique du Climat, Transition éco­lo­gique, urba­nisme et sou­tien aux acteurs éco­no­miques locaux

Hadija DIAF

Cheffe du bureau de la pro­tec­tion et de la ges­tion des espaces, Ministère de la Culture

Projet de ter­ri­toire de la ville d’Angoulême /​ Xavier BONNEFONT, Maire d’Angoulême et Président de la CA du Grand Angoulême ; Pascal MONIER Adjoint au Maire

Depuis 2014, la volon­té est de végé­ta­li­ser. Ce sou­hait émane de l’équipe muni­ci­pale mais aus­si des citoyens. Les grands axes de tra­vail sont : Prévenir le chan­ge­ment cli­ma­tique et les risques sur la bio­di­ver­si­té (mais com­pé­tence agglo­mé­ra­tion), s’adapter, mettre en place un plan ver­ger (plu­tôt que plan­ter des arbres), réa­li­ser un atlas com­mu­nal de la bio­di­ver­si­té, rena­tu­rer la ville. Le plan de rena­tu­ra­tion de la ville d’Angoulême pour­suit comme objec­tif d’avoir 20 pou­mons verts dans la ville (ville du ¼ d’heure). Un pou­mon vert peut être un espace de nature en cœur d’ilot, mais aus­si des micro-forêts ou des che­mi­ne­ments, des ner­vures vertes… Les choix s’effectuent avec les conci­toyens. Les jar­dins fami­liaux par­ta­gés font aus­si l’objet de bud­get par­ti­ci­pa­tif. Par ailleurs, il est essen­tiel de sou­li­gner le rôle éco­sys­té­mique de la nature dans le Site patri­mo­nial remar­quable. Pour « rena­tu­rer » la ville, la métho­do­lo­gie sui­vante a été employée :

  • Cartographier fine­ment les espaces natu­rels de la ville d’Angoulême,
  • Affecter une voca­tion à chaque typo­lo­gie d’espaces natu­rels,
  • Proposer un plan d’actions (notam­ment dans les cours d’écoles).

La ville sou­haite can­di­da­ter au futur appel à pro­jet « ORT vertes ».

Le PSMV d’Angoulême /​ Elisabeth BLANC, Architecte urba­niste char­gée d’études Atelier Blanc-Duché ; Fabien CHAZELAS, Architecte des Bâtiments de France

L’un des objec­tifs du PSMV est de faire du patri­moine pay­sa­ger et éco­lo­gique un révé­la­teur et un vec­teur d’amélioration du cadre de vie. Le diag­nos­tic pay­sa­ger a mis en évi­dence un sub­til équi­libre entre le végé­tal et le miné­ral.

CHIFFRES CLÉS

2010ZPPAUP
2016PLUi ; SPR
2019PSMV
PSMV80ha /​ 450 du SPR

 

Le déve­lop­pe­ment d’Angoulême a été condi­tion­né par la topo­gra­phie géné­rale du site, par l’hydrographie et par le sys­tème défen­sif. Les vues pano­ra­miques sur la ville, ont révé­lé l’importance de la sil­houette du centre ancien d’où émergent les prin­ci­paux repères et édi­fices emblé­ma­tiques (Cathédrale Saint-Pierre, Hôtel de ville, Théâtre…) ain­si que les rem­parts, et la cein­ture verte des contre­forts du pla­teau.

Cette ana­lyse révèle l’intérêt qu’il y a eu dans le PSMV, à prendre en compte une échelle large d’appréhension, pour assu­rer le main­tien très qua­li­ta­tif du site, l’équilibre entre patri­moine bâti et nature, mais éga­le­ment per­mettre des évo­lu­tions dans le res­pect des grandes com­po­santes du site.

Les ana­lyses concer­nant le patri­moine végé­tal du PSMV ont per­mis d’établir, entre autres, une carte réper­to­riant et quan­ti­fiant quar­tier par quar­tier, les dif­fé­rentes strates de végé­ta­tion. Elle a été essen­tielle pour la clas­si­fi­ca­tion des jar­dins et espaces végé­ta­li­sés dans le docu­ment gra­phique du PSMV. A par­tir de ces don­nées, le règle­ment pro­pose des dis­po­si­tions per­met­tant de confor­ter et d’améliorer la végé­ta­li­sa­tion, en par­ti­cu­lier dans les sec­teurs en défi­cit et de mettre en place les condi­tions per­met­tant le déve­lop­pe­ment des dif­fé­rentes strates végé­tales et de la bio­di­ver­si­té.

 

« Renaturer, rever­dir, requa­li­fier » mais aus­si « for­mer, infor­mer, apprendre à regar­der »

 

Afin d’appliquer ces pré­ceptes, le plan et le règle­ment ont été étayés et com­plé­tés par trois Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP), en lien avec le sujet, et inter­agis­sant entre elles. Elles portent res­pec­ti­ve­ment sur :

- Le patri­moine pay­sa­ger et les enjeux de revi­ta­li­sa­tion de la trame verte,

- Une nou­velle offre de sta­tion­ne­ment de proxi­mi­té, sujet qui quoi que l’on pour­rait pen­ser, a une inci­dence directe sur   la végé­ta­li­sa­tion et la nature en ville,

- L’aménagement des espaces publics.

 

L’OAP por­tant sur le patri­moine pay­sa­ger et les enjeux de la valo­ri­sa­tion de la trame verte s’appuie sur les objec­tifs sui­vants :

- Assurer la pro­tec­tion et le ren­for­ce­ment des espaces plan­tés,

- Favoriser la réduc­tion des îlots de cha­leur et la végé­ta­li­sa­tion des dalles et des toi­tures ter­rasses,

- Et enfin, sus­ci­ter le ver­dis­se­ment sous toutes ses formes.

Ces objec­tifs sont tra­duits par des pré­co­ni­sa­tions à dif­fé­rentes échelles du ter­ri­toire, de l’ensemble du site à l’échelle de l’îlot, puis du jar­din, et enfin de la ter­rasse ou de la cou­ver­ture végé­ta­li­sée.

 

Enfin, l’OAP por­tant sur l’aménagement des espaces publics a conduit à réflé­chir à la place que peut prendre la végé­ta­tion dans les espaces libres des centres his­to­riques très denses, qui en étaient entiè­re­ment dépour­vus, tout en com­po­sant avec les mul­tiples usages de ces espaces, cou­rants ou fes­tifs, et éga­le­ment avec un néces­saire par­tage entre dif­fé­rents modes de dépla­ce­ment : voi­tures, deux roues, trans­ports en com­mun et pié­tons. Dans ce cadre, l’OAP sur les espaces publics pré­co­nise des types d’aménagements basés sur la typo­lo­gie des rues et des places, avec pour cha­cun, un focus par­ti­cu­lier sur les plan­ta­tions.

 

En conclu­sion, il convient main­te­nant de s’engager plus avant dans une phase opé­ra­tion­nelle par­ta­gée, en por­tant un regard nou­veau sur la ville his­to­rique. Dans ce but, infor­mer, for­mer, apprendre à regar­der, doivent per­mettre de sus­ci­ter une adhé­sion large de la popu­la­tion, très atten­tive à ces sujets.

 

Initiatives Angoumoisines /​ Valérie DUBOIS, Conseillère muni­ci­pale d’Angoulême en charge de la nature en ville et des pra­tiques

Végétalisation des rues à Angoulême : « Embellissez votre rue »

L’opération per­met de fleu­rir le bord du trot­toir, la demande peut être faite par les rive­rains ou com­mer­çants auprès de la col­lec­ti­vi­té. A ce jour, 105 demandes sont par­ve­nues aux ser­vices. D’autres opé­ra­tions, comme la mise en place de com­pos­teurs, le bud­get par­ti­ci­pa­tif, les comi­tés de quar­tiers, la Charte Mon Coin Nature… per­mettent aux citoyens de rena­tu­rer la ville.

 

Place du Champs de Mars

Ancienne cli­nique Sainte-MartheAbords de la place du Minage

 

Le PSMV de Rochefort /​ Thierry LESAUVAGE, 6ème Vice-pré­sident au cli­mat, à la tran­si­tion éco­lo­gique, à l’aménagement du ter­ri­toire et à la mobi­li­té de la Communauté d’Agglomération Rochefort Océan et Conseiller délé­gué à l’ur­ba­nisme et au droit du sol à Rochefort ; Céline VIAUD, Architecte urba­niste char­gée d’études Agence PAUME ; Claude FIGUREAU, Consultant expert en bio­di­ver­si­té et ancien direc­teur du Jardin des Plantes de Nantes

 

Rochefort est une ville nou­velle, sa construc­tion s’est faite ex nihi­lo à la fin du XVIIe siècle. Historiquement il y avait juste un domaine et son jar­din, deve­nu plus tard le jar­din bota­nique. Sur une ville mili­taire comme celle-ci, il y avait à la base peu de végé­ta­tion, elle est arri­vée au XIXe puis au XXe siècles. Les axes du PADD du PLU concer­nant le végé­tal sont : ouvrir les espaces natu­rels sen­sibles, pro­té­ger les boi­se­ments, rena­tu­rer, pré­ser­ver et recréer les conti­nui­tés éco­lo­giques, trou­ver un équi­libre entre miné­ral et végé­tal ; et le PSMV a tra­duit ces ambi­tions dans des Orientations d’Aménagement et de Programmation thé­ma­tiques et sec­to­rielles.

 

Le PSMV déve­loppe notam­ment trois OAP liées à la nature en ville : une OAP végé­tal et bio­di­ver­si­té pour orien­ter les pro­jets d’aménagement et notam­ment sur la palette végé­tale des espaces publics, une OAP spé­ci­fique sur la pro­me­nade des rem­parts, une OAP sur la rive de Charente. La bio­di­ver­si­té a été inté­grée dans le PSMV, en cher­chant à lier les réser­voirs de bio­di­ver­si­té ou les spots par des cor­ri­dors éco­lo­giques ou sous forme de pas japo­nais par les cœurs d’îlot. Si l’on regarde à une échelle plus large, la confi­gu­ra­tion de la ville fait qu’il y a des bar­rières infran­chis­sables pour la bio­di­ver­si­té (route sans pas­sages à faune). Le prin­cipe des pas japo­nais s’appliquent aux cours inté­rieures et aux jar­dins pri­vés, mais le cloi­son­ne­ment des par­celles entre elles mar­qué par de grands murs peut être un frein si le PSMV ne pré­voyait pas la pos­si­bi­li­té de décloi­son­ner. Ainsi, en cœur d’ilot, le PSMV pré­voit des pré­co­ni­sa­tions pour les clô­tures (per­cer, abais­ser…) afin de recréer des conti­nui­tés entres les jar­dins pri­va­tifs. Ce décloi­son­ne­ment passe aus­si par une végé­ta­tion pro­pice à créer des liens entre les par­celles (végé­ta­tion grim­pante, arbre colon­naire, végé­ta­tion inter­sti­tielle, etc.) ; le PSMV pro­pose ain­si une palette végé­tale dans ce sens.

 

DATES CLÉS

2013Site clas­sé
2005ZPPAUP
2009Secteur Sauvegardé
2020Grand Site Estuaires de la Charente & Arsenal de Rochefort

 

 

Les OAP, bien qu’inclues dans le volet régle­men­taire, ont ici pris un déve­lop­pe­ment péda­go­gique pour orien­ter les choix de plan­ta­tion autant pour l’acteur pri­vé que pour la col­lec­ti­vi­té : un tra­vail sur les com­po­si­tions pos­sibles (espèces) et les palettes végé­tales par sec­teur pour appor­ter un regard cohé­rent sur l’ensemble de la ville. Ce tra­vail s’est fait en col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices des espaces publics et des espaces verts, ce qui per­met ensuite une meilleure appro­pria­tion pour les ser­vices et leur donne la pos­si­bi­li­té d’avoir un regard glo­bal sur les pro­jets. Les toits ter­rasses sont éga­le­ment un moyen de per­mettre ces conti­nui­tés de bio­di­ver­si­té, à condi­tion qu’elle soit plu­tôt trai­tée avec une végé­ta­tion semi-exten­sive avec 20 cm de terre, voire pour un meilleur résul­tat éco­lo­gique, une végé­ta­tion inten­sive à par­tir de 60/​80 cm de terre. Enfin, le der­nier grand sujet auquel s’est atte­lé ce tra­vail est le trai­te­ment des aires de sta­tion­ne­ment, trop sou­vent en revê­te­ment imper­méable ; ici le PSMV pré­co­nise des sur­faces en mélange terre-pierre pour conser­ver ou retrou­ver la per­méa­bi­li­té des sols.

 

Débat/​

Est-ce que le coef­fi­cient de pleine terre a été trai­té dans le PSMV ?

Non, il n’y a pas de coef­fi­cient de pleine terre car nous avons tra­vaillé à l’échelle de la par­celle. En revanche, le PSMV a per­mis d’être très exi­geant sur les cri­tères pour per­mettre la construc­tion d’une pis­cine par exemple.

Doit-on rendre obli­ga­toire la com­pé­tence botaniste/​environnementaliste pour les AO des PSMV ?

Cela paraît contrai­gnant de rendre obli­ga­toire cette com­pé­tence, car cela repré­sente un coût. Toutefois la prise en compte de l’environnement sous tous ses aspects y com­pris celui de la nature en ville étant non seule­ment un enjeu envi­ron­ne­men­tal mais socié­tal éga­le­ment, l’association de bota­nistes et d’environnementaliste paraît incon­tour­nable. Les futures études de PSMV et de PVAP éta­blies par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et l’État devraient prendre en compte ces aspects en asso­ciant les com­pé­tences néces­saires. De nom­breuses villes pos­sèdent un jar­din bota­nique et donc un bota­niste ou envi­ron­ne­men­ta­liste au sein de leur équipe. L’association de ces ser­vices à l’élaboration de cer­tains PSMV s’est avé­rée être une res­source très impor­tante à ne pas négli­ger. Néanmoins, pour l’heure le trai­te­ment de la nature en ville dans les docu­ments de ges­tion demande encore une accul­tu­ra­tion de la part de cer­taines équipes muni­ci­pales afin que la thé­ma­tique « Nature en ville » soit trai­tée dans leur pro­jet urbain.

Le niveau d’acceptabilité de la part des habi­tants

Sensibiliser et infor­mer les habi­tants sur la nature en ville est un réel enjeu pour les ter­ri­toires, il s’agit de faire accep­ter, et jusqu’à quel niveau, aux habi­tants que cer­taines espèces ani­males et végé­tales fassent par­tie de leur cadre de vie.

 

Conclusion/​ Marylise ORTIZ

L’un des prin­ci­paux inté­rêts du PSMV est qu’il per­met une ana­lyse fine, à la par­celle. Il per­met aus­si d’agir en com­plé­ment voire au-delà des docu­ments de pla­ni­fi­ca­tion et de res­ter dans une dyna­mique de pro­jet avec des OAP et des pré­co­ni­sa­tions (maté­riaux, palettes végé­tales, dis­tances entre les sujets…).

La pro­chaine ren­contre du groupe de tra­vail « Site Patrimonial Remarquable : La nature en ville » per­met­tra d’explorer des pistes de tra­vail liées : à la par­ti­ci­pa­tion citoyenne, à l’agriculture urbaine ou encore aux ilots de frai­cheurs. Ces axes seront abor­dés à tra­vers dif­fé­rents outils d’aide à la déci­sion (indi­ca­teurs, obser­va­toires, per­mis de végé­ta­li­ser…). Des retours d’expériences qui per­mettent d’appréhender les moyens mis en œuvre par les col­lec­ti­vi­tés pour s’adapter aux chan­ge­ments cli­ma­tiques tout en offrant un cadre de vie agréable pour les habi­tants, actifs ou visi­teurs. D’autres ren­dez-vous pour­ront avoir lieu dans dif­fé­rentes col­lec­ti­vi­tés, dans le même for­mat que celui pro­po­sé à Angoulême.