Martin MALVY, pré­sident de Sites & Cités, a pré­sen­té à l’is­sue de l’Assemblée géné­rale ce mar­di 28 jan­vier ses vœux aux membres et par­te­naires de Sites & Cités.

« Madame, Monsieur les élus, chers col­lègues,

Cher Yves Dauge, Cher Michel Bouvard, je n’oublie pas Jean Rouger, Les com­pa­gnons de la 1ere heure.

Nous fêtons les 20 ans de notre asso­cia­tion. 20 ans ! c’est l’âge de la majo­ri­té pas­sée.

Notre asso­cia­tion a aujourd’hui pignon sur rue. Son suc­cès trans­pa­rait dans le nombre de ses adhé­rents : Nous étions une ving­taine en 2000, et nous comp­tons aujourd’hui 265 villes et ter­ri­toires, soit 1865 com­munes abri­tant 13 mil­lions d’habitants. Notre asso­cia­tion a su impo­ser la per­ti­nence de ses démarches tant auprès des pou­voirs publics que des diverses ins­tances publiques ou pri­vées dédiées aux patri­moines, à sa valo­ri­sa­tion, à sa pré­ser­va­tion et à l’économie tou­ris­tique.

20 ans durant les­quels nous avons fait la démons­tra­tion avec nos membres que les patri­moines consti­tuent une res­source incon­tour­nable pour redon­ner vita­li­té et attrac­ti­vi­té à nos villes et à nos ter­ri­toires. Et si l’on parle davan­tage de patri­moine urbain, de centres anciens à réani­mer, nous reven­di­quons une part de la prise de conscience. Aujourd’hui par­te­naire de nom­breux minis­tères, ins­ti­tu­tions, asso­cia­tions et col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, Sites & Cités par­ti­cipe à la réflexion et à la pro­gram­ma­tion des grandes col­lec­ti­vi­tés ou minis­tères qui ont sou­hai­té col­la­bo­rer avec elle. Souhaitons que nous soyons de plus en plus nom­breux à par­ta­ger et à por­ter une ambi­tion forte sur les enjeux autour des patri­moines.

 

Je le disais il y a quelques ins­tants, la pro­blé­ma­tique des centres anciens est aujourd’hui mieux recon­nue et com­prise. Bon nombre d’entre nous se sont inquié­tés à juste titre des dif­fi­cul­tés engen­drées par une métro­po­li­sa­tion galo­pante qui affai­blit les villes petites et moyennes et contri­bue à la déstruc­tu­ra­tion de la socié­té comme si, fon­da­men­ta­le­ment et au-delà du dis­cours, la vraie poli­tique de la ville était celle de la gre­nouille qui veut se faire aus­si grosse que le bœuf. Les métro­poles ont leurs propres pro­blèmes, mais les villes moyennes et les petites villes sont aujourd’hui mena­cées d’un affai­blis­se­ment pro­gres­sif. On y constate une vacance accrue des loge­ments pour­tant situés dans des immeubles de qua­li­té mais peu à peu dégra­dés ; les com­merces se sont à leur tour affai­blis, face à la pro­li­fé­ra­tion des grandes sur­faces et aujourd’hui du e‑commerce ; la ville, vic­time de la mon­dia­li­sa­tion et d’intérêts pri­vés dont on n’imaginait pas l’ampleur et le pou­voir il y a quelques décen­nies.

Conséquence : les popu­la­tions de quar­tiers affai­blis se sentent, elles aus­si, oubliées.

Nous n’avons ces­sé de dire ces menaces sur les centres anciens. Le constat n’est pas nou­veau. À par­tir du moment où tout le monde déclare sa com­pré­hen­sion du pro­blème, la ques­tion est de savoir si pou­voir public et orga­nismes par­te­naires seront à la hau­teur des enjeux et ont véri­ta­ble­ment l’ambition de construire des poli­tiques réta­blis­sant peu à peu des équi­libres détruits. Les adhé­rents de Sites & Cités sont en tête du com­bat et chaque jour, font la démons­tra­tion qu’il n’y a pas de fata­li­té, même si les réus­sites sont diverses. « Action Cœur de Ville » en 2018, les Opérations de Revitalisation des Territoires, et bien­tôt le pro­gramme « Villes de demain » doivent être au ser­vice d’une poli­tique glo­bale de relance des centres en dif­fi­cul­té.

Je sou­haite que notre volon­té par­ta­gée avec nos par­te­naires, Ministère de la Cohésion des ter­ri­toires, Anah, Agence Nationale de Cohésion des Territoires, et les Établissements Publics Fonciers, de revi­ta­li­ser dura­ble­ment nos villes et ter­ri­toires affai­blis par tant d’années d’oubli, abou­tissent à un ren­ver­se­ment de ten­dance et que le patri­moine, qu’il soir urbain, rural, de centres-villes ou centres-bourgs, soit vu comme un atout puis­sant pour l’amélioration du cadre de vie, l’économie, le déve­lop­pe­ment durable, la mobi­li­té, la soli­da­ri­té ter­ri­to­riale, et non comme une contrainte. Je sou­haite évi­dem­ment que les cré­dits soient à la hau­teur des ambi­tions des dif­fé­rents pro­grammes. C’est ce que l’on dit sou­vent et frôle la bana­li­té. Mais le Malraux ne coûte plus 30 mil­lions par an à l’État alors qu’il est essen­tiel aux centres anciens, quand le Pinel et le Denormandie absorbent annuel­le­ment plus du mil­liard d’euros.

 

Nous arri­vons, je l’espère, à la fin du cycle légis­la­tif qui a rebâ­ti les pro­blé­ma­tiques autour des centres anciens. Sans doute n’aurons-nous pas de nou­veau cycle légis­la­tif de sitôt. La loi rela­tive à la liber­té de la créa­tion, de l’architecture et du patri­moine (LCAP) de 2016, puis la loi ELAN, ont remo­de­lé nos outils d’urbanisme patri­mo­nial. Je forme au nom de Sites & Cités le vœu que les outils créés qui construisent une poli­tique natio­nale, aux mains des acteurs locaux, ne soient pas remis en cause par une nou­velle légis­la­tion ou règle­men­ta­tion qui abou­ti­rait à autant d’interprétations qu’il existe de régions sur des sujets qui exigent une recon­nais­sance natio­nale. Nous sou­hai­tons que les pro­cé­dures de créa­tion des « Sites patri­mo­niaux remar­quables » soient faci­li­tées, que les révi­sions néces­saires soient enga­gées, que les aides aux espaces publics soient accrues – la ville doit deve­nir dési­rable – , que les cré­dits d’études néces­saires à la connais­sance des quar­tiers anciens soient reva­lo­ri­sés. Je sou­haite que les avan­tages fis­caux et les aides à la res­tau­ra­tion soient majo­rés, sta­bi­li­sés dans le temps et mieux ciblés vers les « quar­tiers prio­ri­taires du patri­moine ».

Je salue le Ministère de la Culture pré­sent lors de notre créa­tion en 2000 à l’Assemblée Nationale. Nous n’avons ces­sé d’échanger avec ses ser­vices cen­traux et dépar­te­men­taux, ces der­niers repré­sentent l’interlocuteur le plus fami­lier de l’action muni­ci­pale. Nous avons défen­du ces « Unités – UDAP » à maintes reprises dans leurs pré­ro­ga­tives et dans le rôle indis­pen­sable des Architectes des bâti­ments de France et de l’avis « conforme ». Mais je mets en garde celles et ceux qui entendent que le patri­moine de nos villes conti­nue à les iden­ti­fier sur l’affaiblissement de ces uni­tés dépar­te­men­tales. Je sou­haite que ces acteurs qui accom­pagnent les col­lec­ti­vi­tés au quo­ti­dien puissent conti­nuer à exer­cer leurs fonc­tions auprès des col­lec­ti­vi­tés et qu’ils soient en nombre suf­fi­sant. Je leur sou­haite d’être sou­te­nus à la hau­teur de nos attentes.

 

Nous sommes l’Association des « sites patri­mo­niaux remar­quables » et des « Villes et Pays d’art et d’histoire ». Label ins­ti­tué il y a 35 ans et qui compte aujourd’hui 265 ter­ri­toires, il doit être un outil pour le déve­lop­pe­ment des ter­ri­toires à par­tir des patri­moines. Je viens de le dire. Nous vou­lons, nous sou­hai­tons, le main­tien de la dimen­sion natio­nale du label. Et que l’on ne pro­fite pas de pro­jets de décen­tra­li­sa­tion pour décons­truire sa dimen­sion natio­nale. Il per­drait tout son sens en per­dant ce qu’il porte aujourd’hui de réfé­rences recon­nues quelle que soit sa situa­tion géo­gra­phique.

 

Notre action sur la valo­ri­sa­tion des patri­moines sus­cite l’intérêt au-delà de nos fron­tières. Depuis l’origine, le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères est un de nos plus impor­tants par­te­naires. Avec son sou­tien et celui du Ministère de la Culture, nous avons répon­du aux mul­tiples demandes de coopé­ra­tion sur les ques­tions de res­tau­ra­tion, d’études et d’inventaire du patri­moine archi­tec­tu­ral et urbain, sur le déve­lop­pe­ment de poli­tiques du tou­risme durable et de mise en réseau des col­lec­ti­vi­tés dans de nom­breux pays. Dans un contexte inter­na­tio­nal de plus en plus com­plexe et dif­fi­cile, je for­mule le vœu que nous puis­sions pour­suivre nos coopé­ra­tions.

 

En matière de Développement durable, nous par­ta­geons depuis des années notre point de vue sur l’écologie urbaine et archi­tec­tu­rale avec la Caisse des dépôts, avec qui nous avions enga­gé, il y a plus de dix ans, des études appro­fon­dies sur la tran­si­tion éner­gé­tique pour faire des « quar­tiers anciens des quar­tiers durables ». Nous avons été pion­niers. Nous le sommes res­tés.

Ces enjeux sont essen­tiels. Je sou­haite que le cercle for­mé sur ce thème, avec le CEREMA, Maisons pay­sannes de France, la CAPEB, les écoles d’architecture et d’ingénieurs, l’association des archi­tectes du patri­moine, le Ministère de la Transition éco­lo­gique et soli­daire, … s’élargisse encore ! Cette conver­gence des acteurs nour­rit le suc­cès de notre pla­te­forme com­mune : le Centre de Ressources pour la Réhabilitation res­pon­sable du Bâti ancien (CREBA). Le pro­gramme « 20 pro­jets pour 2020 » avec la Banque des Territoires, contri­bue­ra à déve­lop­per une connais­sance et appor­te­ra un appui aux pro­jets de res­tau­ra­tion dans nos villes. Je sou­haite que de nom­breuses villes et ter­ri­toires prennent en compte cette dimen­sion et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique avec ses consé­quences sur la ville. Une poli­tique de la ville qui igno­re­rait le réchauf­fe­ment cli­ma­tique serait demain aus­si inco­hé­rente qu’une poli­tique qui ne se sou­cie­rait pas des pro­blèmes de la mobi­li­té. Toutes ces actions nour­ri­ront un débat sur « Environnement et Centres anciens » que je vous pro­pose d’organiser, et qui pour­rait avoir lieu dans le cadre de notre Congrès 2021.

 

La rela­tion avec les Régions est essen­tielle. Ce sont des grands acteurs du déve­lop­pe­ment éco­no­mique, de l’aménagement du ter­ri­toire et de l’environnement, de la for­ma­tion, du tou­risme et du patri­moine. L’Occitanie a ouvert la voie à de fruc­tueuses col­la­bo­ra­tions avec nous, tant dans le sec­teur de la revi­ta­li­sa­tion qu’en matière d’inventaires, de pro­mo­tion de l’architecture et de l’urbanisme patri­mo­nial et du tou­risme cultu­rel et patri­mo­nial. Avec la Normandie, nous devrions signer un accord très pro­chai­ne­ment. Je sou­haite que d’autres régions nous rejoignent concré­ti­sant des réflexions en cours avec plu­sieurs d’entre elles.

 

Pour 50 % des visi­teurs, le choix de la des­ti­na­tion France se fait en rai­son d’une pro­messe cultu­relle et patri­mo­niale. Atout France, en met­tant en œuvre notre nou­velle cam­pagne « Remarkable France », ne s’y est pas trom­pé. La ban­nière « France, Patrimoines et Territoires d’exception » réunis­sant Sites & Cités remar­quables de France avec la Fédération des Parcs natu­rels régio­naux de France, Les Plus Beaux Villages de France ©, Les Plus Beaux Détours de France, les Petites Cités de Caractère © de France, le Réseau des Grands Sites de France, Ville et Métiers d’Art, nous condui­ra à valo­ri­ser plus de 1000 des­ti­na­tions qui consti­tuent un maillage patri­mo­nial le plus riche et le plus divers qui soit en France. Je sou­haite à ces ini­tia­tives d’avoir un écho bien au-delà de nos fron­tières et dans bien des langues dif­fé­rentes et que notre pro­jet de grande expo­si­tion sur les grilles du Jardin du Luxembourg puisse se concré­ti­ser.

 

C’est aus­si à ce rayon­ne­ment que nos entre­prises par­te­naires par­ti­cipent. EDF, depuis des années, nous a aidé à por­ter des actions nova­trices dans nos ter­ri­toires ; plus récem­ment, le Groupe La Poste et aujourd’hui le Groupe Casino. Je sou­haite que ces par­te­na­riats se déve­loppent, per­mettent des réa­li­sa­tions inno­vantes et qu’ils viennent ren­for­cer les actions de nos membres.

 

Enfin, je veux sou­hai­ter une belle année à tous nos par­te­naires, cer­tains déjà cités, aux minis­tères qui nous accom­pagnent, aux asso­cia­tions, experts, uni­ver­si­taires ; aux Députés, aux Sénateurs qui nous aident régu­liè­re­ment dans les batailles à mener, dans les com­pro­mis à trou­ver, dans la démo­cra­tie qu’il faut plus que jamais défendre par des valeurs mieux par­ta­gées et entre­te­nues à l’instar de nos patri­moines remar­quables.

Les muni­ci­pales de 2020 ver­ront la confir­ma­tion de cer­tains de nos col­lègues et arri­ver de nou­veaux res­pon­sables. C’est pour moi l’occasion de remer­cier celles et ceux qui ont consa­cré beau­coup de temps, d’énergie et de com­pé­tences à la vie de Sites & Cités remar­quables.

Je sou­haite tout par­ti­cu­liè­re­ment une Belle Année 2020 à nos élus, sur les épaules des­quels pèse en der­nière ins­tance l’essentiel des poli­tiques patri­mo­niales ; à tous nos par­te­naires, sans oublier nos col­la­bo­ra­trices et col­la­bo­ra­teurs. »