HABITAT

S’il est com­mun de dire que le loge­ment en centre ancien est délais­sé dans les villes moyennes et encore plus dans les petites villes, il faut s’interroger sur les rai­sons de ce délais­se­ment et recher­cher les voies pour l’enrayer.

Les études ont mon­tré que ce délais­se­ment n’est pas lié à une ancien­ne­té des bâti­ments ou du tis­su urbain. Il peut être lié à une déprise démo­gra­phique mais le plus sou­vent à un posi­tion­ne­ment sur le mar­ché. On oublie trop sou­vent que ce mar­ché est concur­ren­tiel et que les armes ne sont pas égales. Les atouts du loge­ment de péri­phé­rie paraissent nom­breux : coût, confort, acces­si­bi­li­té, par­kings, espaces verts… et, aujourd’hui, per­for­mance éner­gé­tique.

En contre­point, le loge­ment en quar­tier ancien aurait pour défaut les conflits d’usages, la rare­té des espaces libres, la pro­mis­cui­té, la place de la voi­ture, un moindre accès au soleil et à la res­pi­ra­tion, une per­for­mance éner­gé­tique moins effi­cace … S’ils ne sont pas tous jus­ti­fiés, ces han­di­caps, s’ils ne peuvent tous être réso­lus, doivent être com­pen­sés par des qua­li­tés que le loge­ment neuf ne peut avoir : cen­tra­li­té, qua­li­tés tech­niques inhé­rentes au bâti tra­di­tion­nel, qua­li­tés patri­mo­niales, ori­gi­na­li­tés et par­ti­cu­la­ri­té échap­pant aux stan­dards, valeurs cultu­relles et envi­ron­ne­men­tales, sur­faces, réduc­tion des dépla­ce­ments, mobi­li­tés douces, etc.

Les réha­bi­li­ta­tions clas­siques, banales, voire très sou­vent médiocres, n’ont pas chan­gé le regard sur les quar­tiers anciens, n’ont pas réglé la ques­tion de la vacance, mais au contraire sou­vent accé­lé­ré la vétus­té et l’insalubrité des loge­ments.

Cela peut sem­bler para­doxal, mais l’enjeu social de ces quar­tiers n’est pas (que) pro­duire du loge­ment social mais de faire « du social à l’envers », c’est-à-dire chan­ger le regard, atti­rer des caté­go­ries sociales qui ont le choix de leurs par­cours rési­den­tiels. Mais si l’on pro­duit uni­que­ment des loge­ments aux stan­dards du loge­ment récent, le com­bat sera per­du d’avance, on détrui­ra les villes anciennes sans résoudre le pro­blème du loge­ment.

La chance des sites patri­mo­niaux remar­quables est de pou­voir pro­po­ser une poli­tique de mise en valeur fon­dée sur un diag­nos­tic et une connais­sance des pos­si­bi­li­tés de recon­quête du patri­moine et du bâti ancien. La pro­tec­tion du patri­moine fon­dé sur cette connais­sance n’est pas un han­di­cap mais bien un atout : elle per­met de pro­po­ser des loge­ments à nuls autres pareils, capables d’être dési­rés, et de répondre aux aspi­ra­tions contem­po­raines.

Les tra­vaux menés depuis une dizaine d’années dans le domaine envi­ron­ne­men­tal et des per­for­mances éner­gé­tiques par le CEREMA, des bureaux d’études, des col­lec­ti­vi­tés et des asso­cia­tions montrent, à rebours des lieux com­muns, la capa­ci­té du bâti tra­di­tion­nel à jouer plei­ne­ment son rôle dans la tran­si­tion éner­gé­tique, à condi­tion que l’on ne le fasse pas pas­ser sous les fourches cau­dines des habi­tudes et normes appli­quées aux construc­tions neuves. Chaque immeuble est un cas par­ti­cu­lier et doit être appro­ché ain­si.

La res­tau­ra­tion du patri­moine, la pro­duc­tion de loge­ments en tis­su ancien relèvent de la com­bi­nai­son des exi­gences qui peuvent appa­raître de prime abord contra­dic­toire, mais qui, cela a été prou­vé dans les villes qui s’y sont enga­gées, per­met de sau­ve­gar­der non seule­ment le tis­su urbain mais aus­si social.

 Les quar­tiers anciens, en par­ti­cu­lier les quar­tiers anciens pro­té­gés, ont plu­sieurs défis à rele­ver :

  • La dé-den­si­fi­ca­tion et le remem­bre­ment urbain pour régler les pro­blèmes de salu­bri­té et de sécu­ri­té incen­die,
  • La pro­tec­tion du patri­moine,
  • La dimen­sion sociale (pro­gramme des loge­ments, mixi­té de l’offre),
  • L’efficience éner­gé­tique et envi­ron­ne­men­tale (éco­no­mie d’énergie, lutte contre les émis­sions de gaz à effet de serre, impacts sur l’environnement).

 

Produire du loge­ment res­tau­ré est le seul moyen de les requa­li­fier dura­ble­ment, d’économiser de l’espace, de favo­ri­ser le com­merce de proxi­mi­té, de déve­lop­per du lien social et un mar­ché de l’emploi irrem­pla­çable qua­li­ta­ti­ve­ment (les métiers de la res­tau­ra­tion néces­sitent des savoirs faire par­ti­cu­liers, mémoire de l’artisanat) et quan­ti­ta­tif (a inves­tis­se­ment équi­valent, le loge­ment res­tau­ré pro­duit deux fois plus d’emplois que le loge­ment neuf). Dans leurs quar­tiers anciens, les villes ont un besoin vital de faire pro­duire du loge­ment de qua­li­té et de valo­ri­ser leur patri­moine mais ne peuvent seules y faire face.

L’importance de ce chan­tier -trans­ver­sal- pour les ter­ri­toires a conduit Sites et Cités remar­quables de France à l’aborder régu­liè­re­ment à tra­vers plu­sieurs groupes de tra­vail par­mi les­quels :

  • Devenir des espaces pro­té­gés, pré­si­dé par Gérard DUCLOS maire de Lectoure,
  • Habitat et pro­gramme natio­nal des quar­tiers anciens dégra­dés, pré­si­dé par Didier HERBILLON maire de Sedan,
  • Leviers finan­ciers et fis­caux pour l’amélioration du loge­ment en quar­tiers anciens, pré­si­dé par Jean-René ETCHEGARAY maire de Bayonne
  • Requalification durable des quar­tiers anciens, pré­si­dé par Michel SIMON maire adjoint de Cahors,
  • Territoires et bourgs centres, pré­si­dé par Bruno MARTY maire de La Réole,

De plus, l’association anime des sémi­naires, des ren­contres, et négo­cie des évo­lu­tions légis­la­tives, régle­men­taires ou finan­cières avec les minis­tères concer­nés et l’appui de par­le­men­taires.