Retour sur la conférence « Les patrimoines comme moteurs d’attractivité touristique et leviers de modèles de tourisme durable », organisée le 26 mars 2026 dans le cadre du Salon International des Musées, Monuments & Tourisme culturel (SITEM) à Paris.
Cette rencontre a permis de mettre en exergue des approches concrètes portées par les territoires pour faire du tourisme un véritable levier d’ouverture sociale, culturelle et économique. Loin d’une vision cloisonnée, les échanges ont souligné la force du triptyque culture-patrimoine-tourisme comme moteur de dynamisme local et de développement de modèles durables. À travers la diversité des témoignages et des expériences partagées, une conviction s’est imposée : celle de penser autrement les politiques publiques, en adoptant des approches plus transversales. L’enjeu n’est plus seulement d’être attractif, mais de construire un tourisme vivant, durable, attentif aux équilibres locaux et pleinement intégré aux réalités des habitants comme des visiteurs.
Une dimension collective
Derrière cette conviction se dessine un engagement collectif, porté par la bannière France. Patrimoines & Territoires d’exception, créée en 2019 sous l’impulsion de Martin Malvy, alors président de Sites & Cités remarquables de France. Cette initiative rassemble sept réseaux de villes et territoires patrimoniaux ruraux et urbains qui ont décidé de se réunir sous une bannière commune. Parmi eux, Fédération des Parcs naturels régionaux de France, Les Plus Beaux Détours de France, Les Plus Beaux Villages de France®, Petites Cités de Caractère® de France, le Réseau des Grands Sites de France, Sites et Cités remarquables de France et Ville et Métiers d’Art.
L’union de ces réseaux vise à renforcer et coordonner les actions de promotion des patrimoines dans leur diversité. France. Patrimoines & Territoires d’exception associe ainsi le patrimoine (bâti, naturel, immatériel…) à des notions d’excellence, de qualité, de modernité, de préservation et de gestion durable au sein de ces réseaux de territoires, appuyées sur des démarches ambitieuses et des solutions innovantes.
Des réseaux et territoires en action : des prises de parole pour éclairer les enjeux
La conférence s’est structurée autour de plusieurs prises de parole, chacune apportant un éclairage spécifique sur la manière dont les territoires s’emparent du patrimoine pour construire des modèles touristiques plus durables.
Accueillir sans dégrader, partager sans exclure
- Soline ARCHAMBAULT, directrice du Réseau des Grands Sites de France, a ouvert les échanges en exposant les fondements d’un enjeu majeur : la gestion de sites naturels confrontés à une très forte fréquentation. Son intervention a mis en lumière les leviers concrets mobilisés par les territoires (aménagement raisonné, gestion des flux, désaisonnalisation, gouvernance locale, etc) pour préserver les paysages tout en améliorant l’expérience de visite. Une approche qui repose aussi sur un principe essentiel : faire comprendre les lieux pour mieux les respecter
- Dans la continuité, Florence SIROT, directrice de Sites & Cités, a recentré le propos sur les centres anciens, en abordant la question de l’équilibre entre habitants et visiteurs. L’occasion de rappeler que le patrimoine ne peut être réduit à un décor touristique, mais qu’il constitue un levier de revitalisation et de qualité de vie. Son intervention a mis en avant l’importance de repenser les usages pour maintenir des centres villes vivants, habités et partagées
Faire du patrimoine une expérience vivante
- Charlotte du VIVIER LEBRUN, directrice de Ville et Métiers d’Art a apporté un éclairage centré sur le patrimoine immatériel et les savoir-faire. Face à une quête croissante d’authenticité, elle a montré comment le tourisme de savoir-faire permet de transformer la visite en expérience sensible, fondée sur la rencontre, la transmission et l’engagement. Les métiers d’art apparaissent ainsi comme un levier à la fois culturel, économique et touristique
- De son côté, Xavier LOUY, directeur des Plus Beaux Détours de France, a interrogé l’évolution des attentes des visiteurs. Il a souligné une aspiration croissante à des formes de visite plus lentes, plus proches et plus incarnées, où le patrimoine devient le point d’ancrage d’une expérience globale. Les petites et moyennes villes patrimoniales apparaissent alors comme des destinations à part entière, capables de proposer une alternative aux grands flux touristiques
Agir concrètement à l’échelle locale
- Enfin, Laurent MAZURIER, directeur de Petites Cités de Caractère a présenté la charte de cette marque et l’engagement politique fort qui permet, même à l’échelle de petites communes, de structurer une offre touristique cohérente et qualitative. Au-delà des projets, c’est bien la méthode, l’articulation entre restauration du bâti, qualité des espaces publics, animation locale et accueil qui permet de faire du patrimoine un levier durable de revitalisation
Focus Aix-en-Provence : l’équilibre entre habitants et visiteurs

L’intervention de Florence SIROT, Directrice de Sites et Cités remarquables de France, a rappelé un enjeu désormais structurant pour les territoires patrimoniaux : la manière de concilier vie locale et accueil des visiteurs. Dans de nombreux centres anciens, la question n’est plus seulement celle de l’attractivité, mais celle de la cohabitation des usages. Comment faire en sorte que ces lieux restent à la fois habités, dynamiques et accueillants, sans perdre ce qui fait leur identité ? Le patrimoine y est alors pleinement envisagé comme un support de vie, et non comme un simple décor patrimonial.
L’exemple d’Aix-en-Provence, membre du réseau de Sites & Cités, illustre cette recherche d’équilibre. La ville met en œuvre une approche globale qui agit sur plusieurs leviers complémentaires : l’organisation de l’accueil touristique, la régulation des usages résidentiels, le maintien du commerce de proximité et la gestion des flux dans le temps et dans l’espace.
L’office de tourisme est ainsi conçu comme un lieu ouvert, pensé autant pour les habitants que pour les visiteurs. La régulation des locations de courte durée contribue à préserver la présence résidentielle dans le centre ancien. Le soutien aux commerces de proximité participe à la vitalité quotidienne des quartiers. Enfin, une stratégie de désaisonnalisation et de meilleure répartition des flux permet d’atténuer les effets de concentration.
Au-delà des dispositifs, c’est une manière de faire qui se dessine : décloisonner les politiques publiques pour mieux articuler urbanisme, tourisme, commerce et patrimoine, et ainsi construire une attractivité plus maîtrisée. L’enjeu n’est pas de limiter l’accueil, mais de le rendre soutenable dans la durée, en cohérence avec la vie des habitants et l’identité des lieux.
Comme l’a souligné Florence SIROT, le patrimoine devient alors un véritable point d’équilibre des projets de territoire, capable de relier les acteurs et de donner une direction commune à l’action publique.
Trois enseignements clés
Au fil des échanges, plusieurs idées fortes se sont dégagées :
- Le patrimoine constitue un outil de régulation touristique, permettant de mieux gérer les flux et leurs impacts
- L’attractivité repose de plus en plus sur l’expérience vécue, fondée sur la rencontre, les savoir-faire et le récit des lieux
- Enfin, la réussite de ces démarches suppose une gouvernance locale forte, capable de fédérer les acteurs et d’inscrire ces stratégies dans la durée
Pour visionner la conférence dans son intégralité, retrouvez le replay ci-dessous :

