Une politique des publics

Les mis­sions des Villes et Pays d’art et d’histoire se sont fondées sur une nou­velle poli­tique des publics.

Les pre­mières visites

Le tourisme cul­turel a été l’objectif pri­or­i­taire des con­ven­tions « Villes d’art » signées entre l’Etat et les col­lec­tiv­ités dès 1965. L’extension de la décou­verte des pat­ri­moines au-delà des musées et des mon­u­ments devient un véri­ta­ble enjeu. Cette offre cul­turelle s’est inscrite dans la dynamique des nou­veaux espaces pro­tégés, les secteurs sauve­g­ardés créés par la loi Mal­raux. Ain­si, le tourisme urbain trou­ve ses let­tres de nobless­es dans sa rela­tion avec les grandes lois pat­ri­mo­ni­ales. Les élus sig­nataires des con­ven­tions « Villes d’art » puis Villes et Pays d’art et d’histoire sont tou­jours très sen­si­bles au tourisme cul­turel qui fait entr­er le pat­ri­moine dans une démarche inté­grée, en adéqua­tion avec les réal­ités économiques et les nou­veaux com­porte­ments des indi­vidus en temps de loisirs.

Ces vis­ites et ces con­férences ren­dent acces­si­bles les recherch­es en his­toire de l’art et de l’archéologie ain­si que les études du pat­ri­moine bâti, de la con­sti­tu­tion de la ville et de sa mor­pholo­gie. Elles per­me­t­tent le glisse­ment de l’objet pat­ri­mo­ni­al, excep­tion­nel et stricte­ment archi­tec­tur­al, à la ville, à son milieu, à ses usages, ses pou­voirs et ses représen­ta­tions, ses ter­ri­toires et ses paysages.

La con­ven­tion Ville ou Pays d’art et d’histoire s’inscrit dans cette évo­lu­tion et y par­ticipe. Elle per­met de partager l’histoire mais aus­si de mieux faire con­naître la gou­ver­nance et la lég­is­la­tion des pat­ri­moines, d’un espace, d’un immeu­ble, d’une per­spec­tive… Les habi­tants doivent en être les pre­miers béné­fi­ci­aires et sont désor­mais recon­nus comme le pub­lic pri­or­i­taire des con­ven­tions. Des agents munic­i­paux aux hôte­liers restau­ra­teurs, des pro­prié­taires aux com­merçants, les ser­vices des Villes et Pays d’art et d’histoire sont aux avant-postes de l’appropriation des pat­ri­moines à l’échelon local.

A l’école des patrimoines

Les ser­vices édu­cat­ifs du Cen­tre des mon­u­ments nationaux (à l’époque la CNMHS) ont été les lieux d’initiation de réflex­ions d’une édu­ca­tion des jeunes aux pat­ri­moines qui allait devenir une des plus belles réus­sites de la poli­tique des publics des Villes et pays d’art et d’histoire. Que ce soit en temps sco­laire ou en temps de loisirs, des opéra­tions se sont dévelop­pées du pri­maire vers le sec­ondaire et même à des­ti­na­tion de l’enseignement supérieur. Les ini­tia­tives pris­es dans le cadre de la poli­tique de la ville ont incité les Villes et pays d’art et d’histoire à engager des actions d’accompagnement pen­dant les vacances comme l’été des 6/12 ans ou les opéra­tions « villes vie vacances ».

Le label est ain­si recon­nu comme un cadre d’innovation dans la prise en compte de tous les publics. Leur diver­sité d’âges et de cul­tures est une des garanties de la voca­tion trans­ver­sale des poli­tiques de val­ori­sa­tion dont l’objectif est l’appropriation des démarch­es pat­ri­mo­ni­ales par l’ensemble de nos concitoyens.

Act­ifs sur l’ensemble du ter­ri­toire, les ser­vices édu­cat­ifs des Villes et pays d’art et d’histoire ont été — et sont encore — par­ti­c­ulière­ment pio­nniers dans le domaine de la sen­si­bil­i­sa­tion du jeune pub­lic à la dimen­sion archi­tec­turale et urban­is­tique du pat­ri­moine local, con­tem­po­rain ou ancien.

S’appuyant sou­vent sur des approches actives et créa­tives, ils con­tribuent, de la mater­nelle au lycée, mais aus­si hors temps sco­laire, à renou­vel­er les regards, les points de vue sur la ville comme sur le quarti­er, le site ou le paysage, le mon­u­ment ou l’œuvre excep­tion­nelle. La ville ou le ter­ri­toire devi­en­nent ain­si des sup­ports priv­ilégiés pour l’apprentissage de la société actuelle, de ses enjeux de mémoire et soci­aux, de la capac­ité de ses acteurs à créer un pro­jet com­mun où les indi­vidus habi­tants-citoyens, par­ticipent à la con­struc­tion de leur cadre de vie.

Sen­si­bilis­er les habitants

En 30 ans, le rap­port des habi­tants à leur pat­ri­moine a pro­fondé­ment changé. Dans les années 1980 quelques mobil­i­sa­tions citoyennes avaient défrayé la chronique, sou­vent en rela­tion à un pat­ri­moine mal recon­nu comme le pat­ri­moine indus­triel à Saint-Quentin, à Reims ou Lille. Les copro­priétés de la Cité Radieuse et d’un des immeubles de Fer­nand Pouil­lon de Mar­seille ont fait date dans les démarch­es avant-gardistes de pro­tec­tion d’un pat­ri­moine archi­tec­tur­al polémique et privé. Aujourd’hui, d’une façon beau­coup plus quo­ti­di­enne, les habi­tants se mobilisent pour la sauve­g­arde et l’entretien de cer­tains immeubles, d’îlots entiers, d’espaces publics, d’arbres ou d’espaces naturels. Les com­merçants, les arti­sans, les usagers devi­en­nent de plus en plus acteurs et les notions de con­cer­ta­tion ou de par­tic­i­pa­tion ne sont plus con­fi­den­tielles ou tabous.

Dans cette respon­s­abil­i­sa­tion, la val­ori­sa­tion et la médi­a­tion des pat­ri­moines ont joué un rôle. Bien au-delà des sim­ples mon­u­ments les plus pres­tigieux, la décou­verte et la sen­si­bil­i­sa­tion aux tis­sus urbains his­toriques, aux quartiers con­tem­po­rains, aux espaces publics mais aus­si aux règles et aux doc­u­ments d’urbanisme ont fait large­ment pro­gress­er la con­nais­sance his­torique et tech­nique que les habi­tants pou­vaient avoir de l’architecture de l’urbanisme, du cadre de vie rur­al ou urbain.

Toute­fois, rien n’est acquis. Les logiques sec­to­rielles freinent sou­vent ce besoin indis­pens­able des pop­u­la­tions dans l’acquisition des mécan­ismes, de désig­na­tion pat­ri­mo­ni­ale, de choix des pro­jets en archi­tec­ture, d’élaboration des doc­u­ments d’urbanisme, d’intégration des nou­veaux critères de l’urbanisme durable, de la recherche sci­en­tifique et tech­nique dans les champs des pat­ri­moines matériels et immatériels.

Il faut donc con­tin­uer de plac­er la médi­a­tion et la val­ori­sa­tion des pat­ri­moines envers les habi­tants au pre­mier plan des préoc­cu­pa­tions des ser­vices du pat­ri­moine, afin de garan­tir la légitim­ité des démarch­es et l’appropriation néces­saire des déci­sions qui puis­sent là encore faire des pat­ri­moines un des moteurs de la cohé­sion urbaine et sociale.

Un tourisme culturel

Le tourisme cul­turel a été un des argu­ments majeurs en faveur des con­ven­tions Villes et Pays d’art et d’histoire. En effet, l’intérêt porté aux pat­ri­moines se con­stru­it notam­ment par les loisirs, durant les petites et grandes vacances, moments de détente et de disponi­bil­ité pour toutes les généra­tions. Le vis­i­teur peut être iden­ti­fié sou­vent au touriste, que ce soit durant des séjours de courte durée ou des longues itinérances organ­isées ou non, des décou­vertes en indi­vidu­el, en famille ou en groupe.

Le tourisme est en cela un secteur extrême­ment diver­si­fié qui s’est large­ment ouvert aux démarch­es de qual­ité pro­posées par les mon­u­ments, les musées puis les villes et les territoires.

Si les con­ven­tions signées entre les min­istères de la cul­ture et celui en charge du tourisme, n’ont pas porté les fruits escomp­tés, il n’en reste pas moins que des ini­tia­tives ont été pris­es en ce domaine, renou­ve­lant large­ment l’offre tra­di­tion­nelle en faisant appel autant aux pro­fes­sion­nels du spec­ta­cle et des arts en général, qu’aux secteurs des pat­ri­moines émer­gents, culi­naires, immatériels et naturels.

C’est à une con­ver­gence des acteurs et à la con­cep­tion glob­ale de l’offre que l’on doit la con­sti­tu­tion de nou­velles des­ti­na­tions sou­vent soutenues par les pou­voirs locaux mais aus­si par les Régions et l’Etat.

En 2016, Lau­rent Fabius, min­istre des Affaires étrangères et du développe­ment inter­na­tion­al, a demandé à Mar­tin Malvy, prési­dent de Sites et Cités, de men­er une réflex­ion con­cer­nant l’attractivité des ter­ri­toires s’appuyant sur le pat­ri­moine.

Enfin, la mise en œuvre du tourisme cul­turel s’appuie sur la médi­a­tion des femmes et des hommes qui nous accueil­lent sur les lieux, nous guident et répon­dent à nos inter­ro­ga­tions et notre curiosité. Des per­son­nels des offices de tourisme aux ambas­sadeurs des pat­ri­moines, habi­tants mobil­isés pour un accom­pa­g­ne­ment du grand pub­lic, c’est toute une chaine de per­son­nes qui crée les con­di­tions de réus­site des pro­jets de tourisme cul­turel. Le guide con­férenci­er, pro­fes­sion­nel tourné vers tous les publics et for­mé à la recherche et à son actu­al­i­sa­tion, en est la clef de voûte. Quelles que soient les per­for­mances des nou­velles tech­nolo­gies, l’ensemble des acteurs de la médi­a­tion ren­dent con­crets les approches des pat­ri­moines et per­me­t­tent de met­tre en cohérence les lieux et les presta­tions qui y sont offertes.