Journée internationale de l’eau : découverte de nos adhérents

16 Mar 2026

Qu’elle soit douce ou salée, l’eau est un préalable à l’installation d’une communauté humaine. Elle accompagne l’histoire des cités depuis des millénaires et son accès est un enjeu du présent et de l’avenir.

Avec l’exemple de six de nos villes adhérentes, Bort-les-orgues, Dinan, Pont-Audemer, Vichy et Pamiers, nous plongerons aux sources de leurs installations urbaines, mais aussi de leurs adaptations et évolutions qui ont façonné ce patrimoine remarquable.

Le port de Dinan, une porte sur le monde

Sans conteste, Dinan (Côtes-d’Armor) est l’une des plus belles cités médiévales. Ancienne cité des Ducs de Bretagne, elle s’impose dans le paysage breton en surplombant de 75 mètres le fleuve de la Rance, ceinturée par les remparts les plus imposants de la région. Au-delà de cet ensemble fortifié protégé, ses 74 monuments historiques classés ou inscrits et son bâti traditionnel, cette ville labellisée Ville d’Art et d’Histoire offre au regard une autre richesse patrimoniale : le port de Dinan, en contre-bas, entouré par le petit fleuve côtier.

Au carrefour de routes gallo-romaines, elle est fondée sous l’autorité du seigneur Josselin en l’an 1040. A la fin du XIème siècle, des dons sont faits à l’abbaye de Saint-Florent de Saumur pour développer un établissement religieux au niveau du port : la Madeleine du Pont. L’occupation de ce prieuré va permettre non seulement le développement du site mais génère aussi des bénéfices financiers. Les produits déchargés depuis le port transitent vers le centre-ville, via la rue du Jerzual, et sont vendus lors des nombreuses foires et marchés.

L’importance du port de Dinan, en tant que pôle commercial, atteint son apogée aux XVIIème et XVIIIème siècles grâce au développement du grand commerce et de la Compagnie des Indes. Dinan devient alors une étape incontournable entre les villes de Paris, Saint-Malo et Lorient.

En parallèle, deux moulins à marée tirent profit de la force hydraulique de la Rance. L’un propriété des moines de la Madeleine du Pont, l’autre des seigneurs de Dinan. Tous deux bénéficiaient d’un bon rendement. Cependant, pour mener à bien les travaux de canalisation de la Rance, ils sont détruits au XVIIIème siècle. C’est cette période de grands chantiers, qui durera 3 siècles, qui donne à Dinan sa physionomie actuelle. Parmi les aménagements remarquables de cette période, on note un nouveau chemin vers la ville haute, l’élargissement des quais mais aussi la construction d’un viaduc en 1852 reliant les deux rives. Le port perd progressivement de son importance, même si en 1892, 45 000 tonnes de marchandises y transitent encore.

Aujourd’hui, le port est un site incontournable de Dinan. Réaménagé en 2013, il offre aujourd’hui une capacité d’accueil de 100 places de bateaux ainsi que des croisières et des promenades en en haute saison. Dinan est par ailleurs labellisée « Cité fluviale » en avril 2021 par l’association « Escale fluviale en Bretagne », mettant en exergue le dynamisme et la qualité d’accueil du port ainsi que de la politique de valorisation du port menée par la Ville. En 2023, un quai patrimonial est aménagé afin d’accueillir des navires « d’intérêt patrimonial » antérieurs à 1969.

Véritable berceau de Dinan, le port est aujourd’hui l’une des plus belles cartes de visites de la cité et accompagne l’évolution du centre historique comme composante du Site Patrimonial Remarquable.

©Alexandre Lamoureux

©AgenceLesConteurs

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Bort-les-Orgues : un barrage en point d’orgue !

C’est aux confins du Limousin et de l’Auvergne, entre un vallon et les deux bords de la rivière Dore et Dogne, que la ville de Bort-les-Orgues s’établit dès le Xème siècle. « La perle de la Haute-Corrèze » est au cœur d’un bassin de vie qui en a fait sa richesse dès le XIXème siècle. La Dordogne fournit en effet toute l’énergie hydraulique nécessaire aux machines d’activités manufacturières de la chapellerie des frères Mègemond et d’une filature de soie. Ces deux activités occupent une main d’œuvre importante à l’échelle de cette petite ville. C’est surtout le travail du cuir qui occupa les habitants de Bort-les-Orgues tout au long de son histoire, lui offrant sa réputation de « Cité du Cuir ».

Durant plusieurs siècles, les tanneurs bortois ont trempé leurs peaux dans la Dordogne. Mais les « étapes de la rivière » – jargon des travailleurs du cuir pour évoquer l’utilisation des cours d’eau dans les étapes de transformation de la peau au cuir – ont été remplacés au XXème siècle par une importante tannerie. La situation géographique de cette entreprise, à cheval sur 3 départements et l’accès facilité par la voie de chemin de fer, ont contribué à la venue de ces nombreux travailleurs.

Une nouvelle construction débutée en 1942 a, elle aussi, permis l’essor démographique de cette ville : le barrage de Bort-les-Orgues par EDF. Ce mastodonte de béton de l’architecte André Coynes, d’une hauteur de 119 mètres et d’une longueur de 390 mètres, est le plus important de la chaîne des barrages de Haute Dordogne. 

©Bureau d’information touristique MEYMAC

©Bureau d’information touristique MEYMAC

Pont-Audemer, la « Venise normande »

Située au cœur de la Normandie, entre Rouen et Le Havre, à l’ouest de l’Eure, la ville de Pont-Audemer est depuis toujours un lieu de passages et d’échanges. La situation de Pont-Audemer, au cœur de terres fertiles baignées par la Risle, lui assure tôt une prospérité liée à ses cultures. Le port sur la Risle, offrant une ouverture sur la mer et le monde, contribue quant à lui à l’émergence et au développement d’activités industrielles.

Le bourg, dont les origines remontent au VIIIe siècle, porte alors un nom déjà représentatif de cette prédominance de l’eau : Duos Pontes, « Deux Ponts ». La ville est aussi au XIème siècle la possession de la puissante famille de Beaumont, organisant de grandes foires qui profitent à son essor commercial.

Attirés par un maillage de ruisseaux et par deux bras nord et sud, structurant la ville et son paysage, les industriels s’installent rapidement à Pont-Audemer. Au XIXème siècle, on recense près de 80 établissements de tannerie. Parallèlement, l’industrie de la papeterie se développe, rejoint plus tard par celle de la fonderie : trois activités particulièrement consommatrices d’eau à différents stades de la fabrication de leurs produits. Aussi, les berges de la Risle sont parsemées de moulins. Des barrages hydro-électriques sont également construits au XIXème siècle pour alimenter les turbines des usines.

Véritable « rivière industrielle », la Risle est jusque dans les années 1970 un axe maritime propice au transport fluvial, tant de marchandises que de personnes et ce, depuis 1856, date de la première liaison entre Le Havre et Pont-Audemer. 

Aujourd’hui, la « Venise normande » mise sur son attractivité touristique et la valeur paysagère et culturelle de son patrimoine urbain. 

©Ville de Pont Audemer

©Ville de Pont Audemer

Vichy, l’eau sous toutes ses formes 

L’histoire de Vichy (Allier), « reine des villes d’eaux », débute sous l’Antiquité. À cette époque, l’eau est aussi bien utilisée pour ses vertus thérapeutiques qu’à des fins récréatives. 

Jusqu’au XVIᵉ siècle, la ville se développe loin des sources d’eau qui tombent peu à peu dans l’oubli. En 1527, l’État devient propriétaire des sources puis en 1605, un édit d’Henri IV instaure la Surintendance des eaux minérales. Désormais, se mettent en place les premiers contrôles de l’État sur les eaux thermales et médicinales. 

Du XVIIᵉ au XVIIIᵉ siècle, Vichy-les-Bains, en opposition à Vichy la Ville, se transforme et adapte ses équipements : établissement thermal, promenades… afin de recevoir des curistes dont des personnalités notoires telles que la Marquise de Sévigné ou les filles de Louis XV. En 1812, Napoléon Ier, à la demande de sa mère, fait aménager le parc des Sources. Ce parc oriente l’organisation urbaine du quartier thermal et fait le lien entre les sources et les bains. Peu à peu, les deux entités urbaines de Vichy la Ville et Vichy-les-Bains se rejoignent. 

Sous Napoléon III, Vichy connaît une période prospère et de développement. L’empereur souhaite faire de la ville une référence du thermalisme afin qu’elle rivalise avec les grandes villes d’eaux allemandes. Il y fait construire une digue-promenade, des chalets, des maisons, de nouveaux parcs, un casino, un théâtre, de grands hôtels…

Dans les années 1890, de nouveaux travaux d’aménagement sont lancés, suivis par les architectes Charles Le Cœur et  Lucien Woog. Ils édifient le Grand établissement Thermal, de style romano-byzantin, reconnaissable à son dôme, recouvert de tuiles vernissées, et ses deux minarets renfermant les réservoirs d’eau thermale. Ils sont également à l’origine de la galerie commerçante du fer à cheval, édifiée autour du kiosque à musique, et du pavillon de la source des Célestins, qui abrite la source éponyme, encore embouteillée de nos jours.

En 2021, Vichy est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO aux côtés de 10 grandes villes européennes réparties dans 7 pays : les Grandes villes d’eau d’Europe. Cette reconnaissance valorise le patrimoine thermal européen, dont Vichy est l’unique représentante en France, avec ses 2 000 ans d’histoire autour de l’eau. Cette même année, le groupe France Thermes, propriétaire de la Compagnie de Vichy lance un ambitieux plan thermal : « Accélération 2035 ». Il vise à créer un futur Resort Thermal et Touristique, comprenant la rénovation des Thermes les Dômes et Callou, du Vichy Célestins Spa Hôtel et de l’Hôtel IBIS. 

©Ville de Vichy

©Xavier Thomas

©Xavier Thomas

Annecy, une ville organisée autour de l’eau 

Le lac d’Annecy est le second plus grand lac naturel de France, après le lac du Bourget. Il est également considéré comme l’un des plus purs d’Europe en contexte urbanisé.

Situé au cœur des Alpes en Haute-Savoie, au pied de la ville d’Annecy, il s’étend sur environ 27 kilomètres carrés. Il est particulièrement reconnaissable à la clarté de son eau. Elle est le résultat de l’action coordonnée de l’État, du SILA (Syndicat Intercommunal du Lac d’Annecy), des communes et des associations locales. Ensemble, ces acteurs veillent entre autres à la surveillance de la qualité de l’eau, au traitement des eaux usées et à la protection des rives ainsi que des espaces naturels du bassin versant. 

La relation entre la ville et l’eau se manifeste également à travers les canaux qui façonnent la ville. La rivière Thiou prend sa source dans le lac et serpente les rues de la vieille ville sur 5 kilomètres, avant de se jeter dans le Fier, affluent du Rhône. 

Ces cours d’eau structurent fortement le paysage urbain et contribuent à l’identité singulière d’Annecy, parfois surnommée la « Venise des Alpes ».

©Gilles Piel

Pamiers, revaloriser les points d’eau en ville 

Pamiers (Ariège), cité historique, s’est développée autour d’un ancien château médiéval, aujourd’hui disparu. L’eau a longtemps façonné la ville et ses activités. Les canaux servaient à la fois de système défensif Pamiers et alimentaient les tanneries et teintureries qui faisaient vivre l’économie locale. 

Aujourd’hui, le projet d’aménagement du quartier de Loumet permet de redonner toute leur place aux points d’eau de la ville et de renouer avec cet héritage. 

Dans les années 1930, le quartier de Loumet était traversé par un canal. Il a ensuite été recouvert afin d’aménager un parking. 

En 2022, un projet de découverture du canal est lancé. Le confort des usagers et la promotion des mobilités douces sont au cœur de cet aménagement. Ce nouvel espace public est pensé pour accueillir les temps forts de la vie du quartier : marchés, tournois de pétanque, concerts, cinémas en plein air. Le projet valorise également deux symboles forts de l’identité locale : l’Orme, emblème du quartier, et la statue de Joseph Rambaud repositionnée en belvédère sur le canal.        

Dans cette opération, l’eau devient un véritable élément fédérateur. L’ouverture du canal Sud a permis de transformer 2 000 m² de surfaces bitumées et bétonnées en un espace public accessible à tous, favorisant une désimperméabilisation massive au profit du cycle naturel de l’eau. 

©Sites&Cités