Retour sur le Groupe de travail “Attractivité commerciale du Cœur de ville” à l’AMF le 3 juillet 2018

Compte rendu sur le Groupe de travail “Attractivité commerciale du Cœur de ville”

Contexte actuel de la commercialité et nouveaux services de proximité

Présents : Alain VOGEL-SINGER, maire de Pézenas, Laurence PHILIPPE, char­gée de mis­sion SPR Ministère de la Culture, Cédric BUREAU, char­gé de mis­sion valo­ri­sa­tion du patri­moine archi­tec­tu­ral, ville de Saint-Nazaire, Pascal MADRY, direc­teur de l’Institut pour la Ville et le Commerce, Marie-José MIALOCQ, Maire d’Arbonne, CA Pays Basque, Franck CHAIGNEAU, expert déve­lop­pe­ment rural Caisse des Dépôts, Diane de MARESCHAL, char­gée de mis­sion déve­lop­pe­ment éco­no­mique Caisse des Dépôts, Pierre GUILBAUD, direc­teur dyna­misme urbain Auxerre, Claire GARNIER, études pro­jets amé­na­ge­ments Auxerre, Cédric DE SOUSA BARROSO, chef de pro­jet réno­va­tion urbaine, Jean-Luc CALONGER, pré­sident asso­cia­tion de mana­ge­ment du centre-ville Mons Belgique, Olivier THIL, direc­teur de pro­jet Action cœur de ville Saint-Dié-des-Vosges, Marylise ORTIZ, direc­trice Sites & Cités, Olivier BAYLE-VIDEAU, char­gé de mis­sion urba­nisme patri­mo­nial et déve­lop­pe­ment durable à Sites & Cités, Jonathan FEDY, char­gé de mis­sion coopé­ra­tion inter­na­tio­nale à Sites & Cités, Jean-Michel GALLEY, char­gé de mis­sion valo­ri­sa­tion des patri­moines à Sites & Cités.

Excusée : Sylvie Laget, ser­vice des études, de la pros­pec­tive et de l’évaluation à l’ANAH

Introduction Sites & Cités :

Ce groupe de tra­vail fait suite à la ren­contre jume­lée avec la thé­ma­tique Centres-Bourgs à Saint-Flour en juin 2017. La com­mer­cia­li­té de centre-bourgs a éga­le­ment été trai­tée lors de la jour­née de tra­vail Centres-Bourg à Joinville en avril 2018. Aujourd’hui, il est ques­tion de trai­ter du contexte actuel de la com­mer­cia­li­té et des enjeux pour les bourgs de demain.

Pascal Madry, direc­teur de l’Institut pour la Ville et le Commerce, pré­sente son asso­cia­tion qui regroupe les acteurs tels que les inves­tis­seurs, pro­mo­teurs, amé­na­geurs comme les SEM et com­mer­çants indé­pen­dants, mais aus­si les villes, les élus, des cher­cheurs etc. Il intro­duit son inter­ven­tion avec une étude sur l’impact du com­merce dans l’organisation des ter­ri­toires. Le com­merce est né avec l’apparition des villes. Toutefois on a du mal à trou­ver les lignes de forces pour ana­ly­ser la dyna­mique com­mer­ciale. On peut en repé­rer : une pre­mière révo­lu­tion com­mer­ciale s’est opé­rée en 1850, puis une deuxième entre les années 1950 et 1990. Une troi­sième est en marche depuis 1990 comme le pré­sente Philippe Moati, avec un mode d’hyperconsommation. Nous sommes pas­sé d’une éco­no­mie domes­tique à une éco­no­mie glo­bale. Depuis 1950, le com­merce cherche à sor­tir de la zone locale pour atteindre une éco­no­mie glo­bale.
Derrière une vitrine de com­merce de détail se cache de nom­breuses orga­ni­sa­tions et de nom­breux métiers. Ce com­merce de détail repré­sente 25% du volume des ventes alors qu’il repré­sen­tait 90% en 1960. Les moyennes sur­faces repré­sentent quant à elles 66%. Le centre-ville lui ne repré­sente que 17% de ce volume.
Il y a plu­sieurs rai­sons à cela. Par exemple, une chaîne comme Celio, voyant ses parts de mar­ché chu­ter, a déci­dé de déve­lop­per encore plus de maga­sins, pour pou­voir plus peser et mieux négo­cier face à ses four­nis­seurs. Avec l’apparition des inter­com­mu­na­li­tés sont nées de plus grandes sur­faces com­mer­ciales car la com­pé­ti­tion s’est dépla­cée à l’échelle des ter­ri­toires (pour­tant en pleine période Loi Chevènement, Loi ALUR etc.)
Si, il y a dix ans le taux de vacance com­mer­ciale était pré­pon­dé­rant dans les métro­poles, ce phé­no­mène s’est aujourd’hui inver­sé. Les métro­poles s’en sortent mieux et les petites et moyennes villes ont une vacance de 25% à 30%. Les villes tou­ris­tiques ont, quant à elles, un autre rythme : la courte sai­son tou­ris­tique suf­fit à réa­li­ser le chiffre d’affaire, le com­merce vivo­tant le reste de l’année.

Cela dit, pour Pascal Madry, la déprise com­mer­ciale est à dis­tin­guer de la déprise du loge­ment. Cette pro­po­si­tion a été lar­ge­ment débat­tue. Des com­mer­çants sans habi­tants ?

Pour Alain Vogel-Singer, maire de Pézenas et Président du groupe de tra­vail, ce n’est pas si simple : depuis l’existence de ces groupes de tra­vail sur la com­mer­cia­li­té, il retient qu’il faut se méfier de la pen­sée unique, et que les situa­tions sont contras­tées sui­vant les lieux étu­diés. De plus, les élus semblent tou­chés de schi­zo­phré­nie lorsque l’on entend des dis­cours d’un côté, et la réa­li­té de l’autre vu la quan­ti­té de m² « lâchés » en CDAC.

Jean-Luc Calonger, pré­sident  de l’association de mana­ge­ment du centre-ville de Mons en Belgique, rap­pelle qu’un arti­san de qua­li­té sait atti­rer une clien­tèle d’aussi loin qu’un centre com­mer­cial. Au sujet de ce der­nier, une pro­po­si­tion de pro­jet de loi du Sénat veut ins­tau­rer la taxa­tion des opé­ra­tions de grandes sur­faces si elles ne pro­fitent pas au centre-ville.

Un axe de pros­pec­tive : c’est quoi une bou­tique ? C’est un lieu où se gèrent plu­sieurs flux, comme l’information, la mon­naie, les biens, mais aus­si de la socia­bi­li­té. Et ce, depuis le mar­chand à la devan­ture mini­ma­liste au moyen âge à la bou­tique du 19ème siècle.
Aujourd’hui, pour la pre­mière fois, on peut se pas­ser d’une bou­tique, qui n’est plus indis­pen­sable. On se passe aus­si donc de socia­bi­li­té.
Une évo­lu­tion qui fait appa­raître de nou­velles contro­verses : il ne s’agit plus d’opposer bou­tiques et grande dis­tri­bu­tion, mais plu­tôt maga­sins et pla­te­formes.

Le mana­ge­ment de centre-ville est aus­si source de débat : faut-il gérer un centre-ville comme un grand centre com­mer­cial ? A l’inverse, les struc­tures fon­cières des grandes dis­tri­bu­tions s’intéressent aujourd’hui à l’aménagement des centres-villes. Il existe un fort lob­bying pour reve­nir s’installer en centre-ville, mais avec des condi­tions très par­ti­cu­lières, comme allé­ger les normes même dans des péri­mètres patri­mo­niaux.

Franck Chaigneau, expert déve­lop­pe­ment rural à la Caisse des Dépôts, à son tour pré­sente 4 enjeux du com­merce en centre-bourg de demain.

  • Le pre­mier est de se posi­tion­ner dans un bas­sin de vie, c’est-à-dire que l’appareil com­mer­cial doit s’adapter à l’évolution de la popu­la­tion. En taille (s’autoriser à moins de sur­faces com­mer­ciales), en répar­ti­tion centre/​périphérie et en spa­tia­li­sa­tion (den­si­fi­ca­tion).
  • Le deuxième, c’est de se posi­tion­ner dans un pro­jet urbain, donc d’intégrer le com­merce comme élé­ment d’une revi­ta­li­sa­tion glo­bale qui fait évo­luer les clien­tèles, qui connecte le com­merce avec les syner­gies pos­sibles (asso­cia­tions, tou­risme, signa­lé­tique…) et qui conso­lide une gou­ver­nance (inter­lo­cu­teur dédié, ins­tance de dia­logue…)
  • Troisième enjeu pour Franck Chaigneau, se posi­tion­ner dans une moder­ni­té. Modernité sym­bo­lique tout d’abord, à savoir pen­ser à l’esthétique et aux achats plai­sirs, une moder­ni­té pra­tique, en mul­ti­pliant les ser­vices (conseil, point livrai­son…), en pre­nant en compte l’environnement et les pro­duits locaux. Enfin une moder­ni­té connec­tée (inter­net, col­la­bo­ra­tif…)
  • Enfin il faut s’inscrire dans la durée et évi­ter les effets de cycle, au moyen de la maî­trise fon­cière (acqui­si­tions, réha­bi­li­ta­tions, sen­si­bi­li­sa­tion des pro­prié­taires au coût des loyers…), en favo­ri­sant l’installation au moyen de bou­tique à l’essai, de pépi­nières de com­merces, mais aus­si des liens avec les réseaux d’aide à la créa­tion d’entreprise. Sans oublier la trans­mis­sion, à savoir détec­ter, sen­si­bi­li­ser et anti­ci­per, et mieux accom­pa­gner.

Débat :

Pour Olivier THIL, direc­teur de pro­jet Action cœur de ville Saint-Dié-des-Vosges, le pro­gramme Action Cœur de Ville per­met de lier les deux dyna­miques, à savoir com­mer­ciale et revi­ta­li­sa­tion de centre-bourg. Pour Franck Chaigneau, c’est bien une ins­tance de dia­logue qui est créée.

Pour Marie-José Mialocq, Maire d’Arbonne et délé­guée à la com­mu­nau­té d’agglomération du Pays Basque, c’est le SCOT qui a su assu­rer ce lien car l’aménagement com­mer­cial des centres-bourgs y est inté­gré. Pour Pierre Guibaud, direc­teur dyna­misme urbain Auxerre, pas de SCOT du Auxerrois sur ce pro­jet mais un immeuble de l’Office Habitat Auxerrois qui abrite une « bou­tique trem­plin ». Ce dis­po­si­tif est sou­te­nu éga­le­ment par la ville d’Auxerre et la CCI et per­met aux por­teurs de pro­jets com­mer­ciaux de véri­fier la via­bi­li­té de leur pro­jet avant de se lan­cer. De plus, 5 col­lec­tifs de com­mer­çants sont sou­te­nus par la ville.

Jean-Luc Calonger pré­cise qu’il y a 20 années d’expérience Belge à par­ta­ger et qu’il est impor­tant d’inviter des chambres consu­laires à ces échanges. Quant à la gou­ver­nance des actions por­tant sur l’activité com­mer­ciale, il insiste sur le rôle majeur des asso­cia­tions de com­mer­çants.

Alain Vogel-Singer conclut en pro­po­sant que des notions de bon­heur, de bien-être et de bien­veillance sont trop peu mises en avant. Il retient la pro­po­si­tion de Jean-Luc Calonger de par­ta­ger ses expé­riences pour les pro­chains ren­dez-vous. Les études de l’ANAH sur la com­mer­cia­li­té seront éga­le­ment à par­ta­ger.

Prochaine rencontre :

Le pro­chain groupe de tra­vail « Attractivité com­mer­ciale du Cœur de ville » sera pro­gram­mé au der­nier tri­mestre 2018. Pour cette séance, il a été pro­po­sé à Jean-Luc Calonger de pré­sen­ter les expé­riences hors de nos fron­tières, ain­si qu’à Cveta Kirova, char­gée de mis­sion à l’Anah, de pré­sen­ter une étude sur le com­merce. Il sera ques­tion éga­le­ment de la pro­gram­ma­tion de l’atelier sur la com­mer­cia­li­té pen­dant le Congrès natio­nal les 13 et 14 juin à Figeac.