LE LABEL ET LA DÉCENTRALISATION

De 1985 à 1995 le label Villes et Pays d’art et d’histoire s’appuie essentiellement sur des conventions Ville d’art et d’histoire. Il était logique que les négociations pour l’obtention du label menées entre l’Etat et les collectivités soient établies prioritairement au niveau de la commune, la gestion des politiques culturelles y étant plus maitrisée que dans les intercommunalités d’avant la décentralisation de 1993 et 1994. La culture, comme le patrimoine, n’était pas encore une valeur communément « partagée » à l’échelon des grands territoires.

Entre 1995 et 2000, les conventions s’orientent très directement vers les Pays d’art et d’histoire. L’appui des DRAC, nouvellement en charge des instructions, donne une impulsion aux acteurs de terrain motivés par ces réformes, renforcées par la mise en place des premières ZPPAUP qui rapprochaient l’urbanisme, surtout en milieu rural, de la notion de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine.

En 2000, la fusion entre architecture et patrimoine dans une nouvelle Direction de l’architecture et du patrimoine au ministère de la Culture et de la Communication, conduit à prioriser de nouveau les labellisations Villes d’art et d’histoire notamment dans un souci d’orienter les conventions vers le sujet des quartiers contemporains et de la création architecturale.

Il faut attendre la seconde vague de la décentralisation avec les grandes lois des années 2003 et 2004, dont la loi du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée qui précéda l’autonomie financière des collectivités territoriales, pour voir de nouveau les conventions Pays d’art et d’histoire redevenir les candidatures les plus importantes.

Aujourd’hui, priorité doit être donnée au projet des collectivités afin que le contenu de la convention entre le ministère de la Culture et de la Communication et la ou les collectivités territoriales signataires réponde aux enjeux des territoires.

Le label s’adapte à des territoires de taille diversifiée, de la Ville de Sartène (4 500 habitants) à la Métropole Rouen Normandie (495 000 habitants et 71 communes), et tient compte du projet de territoire et de sa gouvernance.

Politique de ville, politique de territoire

Les territoires labellisés font preuve d’une volonté forte d’inscrire le projet Villes et Pays d’art et d’histoire au sein d’une politique publique globale, regroupant l’ensemble des actions de connaissance, de conservation, de protection et de valorisation de l’architecture, du patrimoine et du paysage au sein d’un territoire pertinent, et ce, avec l’ensemble des acteurs concernés. Les contenus mettent en évidence un élargissement des champs de valorisation et des actions ainsi qu’une meilleure prise en compte des publics prioritaires.

Le label répond aussi à des enjeux économiques, urbains et sociaux spécifiques, propres à chaque territoire, qui peuvent être l’aménagement culturel du territoire, la protection et la mise en valeur du patrimoine architectural et paysager, la recherche d’une identité pour le territoire au travers du patrimoine, le développement de son attractivité, de son économie, le souhait de fédérer ses acteurs dans la construction du projet patrimonial…

Le label s’inscrit dans une démarche partenariale qui vise à mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire. Cette approche transversale est essentielle pour la mise en œuvre du projet, qui doit être cohérente avec les initiatives existantes sur le territoire.

En 30 ans, les partenariats se sont largement enrichis. Plusieurs Départements et Régions se sont engagés dans l’accompagnement des Villes et Pays d’art et d’histoire, reconnaissant ainsi la spécificité et la pertinence de ces outils en matière de gestion et de valorisation du patrimoine.

L’extension des Villes en Pays d’art et d’histoire

Dans la logique de l’intercommunalité et aussi dans une perspective de cohérence des territoires et des services, nous assistons depuis quelques années à une transformation de conventions Villes d’art et d’histoire vers des collaborations à l’échelon intercommunal et donc vers des conventions Pays d’art et d’histoire.

En toute logique, les Villes et Pays d’art et d’histoire suivent étroitement les évolutions administratives et organisationnelles impliquées par les évolutions législatives et juridiques. La décentralisation, le rapprochement intercommunal, la diversité des partenaires incitent à la procédure Pays d’art et d’histoire qui correspond aux besoins de cohérence des territoires, à la mise en réseau et à la mutualisation de certains services.

Le ministère de la Culture et de la Communication favorise ces logiques de rapprochement. Toutefois, il faut s’interroger d’une façon plus précise, entre ce qui relève d’une part de la logique territoriale et d’autre part d’une tendance à la simplification des structures et à la réduction des budgets alloués aux conventions Villes ou Pays d’art et d’histoire. Si d’un côté la mutualisation des territoires renforce la légitimité des équipes et en principe, leur transversalité, d’un autre côté le risque d’un accroissement des activités à personnel quasi-constant pour un territoire étendu, n’est pas négligeable.

Seul un engagement politique et financier inscrit dans la durée peut accompagner ces évolutions. La pérennisation des Pays d’art et d’histoire semble en grande majorité un souci des intercommunalités. Ces dernières déterminent annuellement leurs priorités. Leurs orientations sont inscrites dans des politiques conventionnelles clairement affichées sur plusieurs années.

Ces transformations impliquent que les conventions Villes et Pays d’art et d’histoire fassent l’objet d’une programmation précise permettant d’apprécier et d’accompagner la croissance du réseau. Articulées aux priorités régionales, l’investissement financier de l’Etat devra être mieux affiché afin que les candidats au label, comme ceux déjà labellisés, puissent développer en cohérence leurs différents objectifs conformément aux engagements pris sur 10 ans.