Retour sur la journée de rencontre « Patrimoine et participation citoyenne » à Toulouse le 26 juin 2017

Cette jour­née régio­nale de ren­contres, orga­ni­sée en par­te­na­riat avec la Ville de Toulouse, Toulouse Métropole et la Région Occitanie, autour de la thé­ma­tique « Patrimoines et par­ti­ci­pa­tion citoyenne », a réuni 70 par­ti­ci­pants, tech­ni­ciens des Villes de Gaillac, La Réole, Carcassonne, Cahors, Lombez, Lavelanet, Lauzerte, des Pays d’art et d’histoire des Pyrénées Cathares et du Haut Languedoc et Vignobles, de la Ville de Toulouse et Toulouse Métropole, mais aus­si des acteurs pro­fes­sion­nels de la Chambre des métiers et de l’artisanat de l’Occitanie, d’EDF, des CAUE, de la DIRECCTE, de la DREAL et de la DRAC.

Patrimoines et participation citoyenne, Toulouse ©Frederic Maligne

Patrimoines et par­ti­ci­pa­tion citoyenne, Toulouse ©Frederic Maligne

Jean-Luc MOUDENC, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole a intro­duit cette jour­née en évo­quant l’évolution de la prise en compte du citoyen de ce qui fait patri­moine sur un ter­ri­toire. Pendant long­temps, la recon­nais­sance du patri­moine éma­nait soit de pro­jets pres­ti­gieux por­tés par les ins­ti­tu­tions sans les habi­tants, soit par des mobi­li­sa­tions et des luttes citoyennes pour la pré­ser­va­tion d’un patri­moine mena­cé. Aujourd’hui, les col­lec­ti­vi­tés avancent avec une approche plus construc­tive et pro­duc­tive. Le patri­moine n’appartient pas uni­que­ment à quelques sachants. Nous assis­tons à l’émer­gence d’un véri­table esprit citoyen autour de la ques­tion patri­mo­niale. C’est un véri­table atout pour les pro­jets de demain, qui doivent être nour­ris de cette volon­té popu­laire.

Toulouse Métropole et la Ville de Toulouse mènent aujourd’hui une réflexion sur l’Ile du Ramier, en cœur de ville, clas­sée en Zone natio­nale d’intérêt éco­lo­gique, flo­ris­tique et fau­nis­tique mais qui abrite aujourd’hui un centre des congrès, très peu inté­gré dans cet ensemble d’un patri­moine natu­rel excep­tion­nel. Le pro­jet a pour objec­tif de dépla­cé ce centre d’affaires vers l’extérieur de la ville pour redon­ner à cette île toute la qua­li­té de son patri­moine natu­rel à tra­vers un parc urbain, véri­table pou­mon vert en centre-ville. La concer­ta­tion menée avec les habi­tants sur ce pro­jet a été exem­plaire et a ain­si mon­tré l’attachement qu’avaient les citoyens à leur patri­moine et com­ment col­lec­ti­vi­tés et habi­tants pou­vaient tra­vailler ensemble pour valo­ri­ser leur patri­moine.

Michel SIMON, 1er Adjoint à la Ville de Cahors et pré­sident du groupe de tra­vail « Quartiers anciens, quar­tiers durables » de Sites & Cités remar­quables de France, a ensuite com­plé­té les pro­pos du maire en par­ta­geant sa vision et l’expérience de Cahors. La Ville mène depuis quelques années une poli­tique volon­ta­riste pour son centre ancien et la par­ti­ci­pa­tion citoyenne est au cœur du pro­jet urbain, notam­ment avec une ges­tion et des dis­cus­sions quo­ti­diennes avec le conseil citoyen sur l’ensemble des pro­jets. Dans le cadre du pro­jet euro­péen SUDOE, autour de la tran­si­tion éner­gé­tique du bâti ancien, un Fablab va être créé en plein cœur du centre ancien. Il a pour voca­tion d’accueillir dif­fé­rents usages, afin d’à la fois être un démons­tra­teur d’opérations de réha­bi­li­ta­tion de qua­li­té mais aus­si pour deve­nir un lieu dyna­mique du cœur de ville.

Par la suite, les dif­fé­rentes inter­ven­tions de la jour­née ont per­mis d’évoquer les nou­veaux usages du vivre-ensemble en centre ancien et de la valo­ri­sa­tion des patri­moines.

LES NOUVEAUX USAGES DU VIVRE-ENSEMBLE EN CENTRE ANCIEN : L’EXEMPLE DES TIERS-LIEUX

Julie Esposito, directrice de La Cantine à Toulouse ©Frederic Maligne

Julie Esposito, direc­trice de La Cantine à Toulouse ©Frederic Maligne

Les tiers-lieux sont ici défi­nis comme les espaces de co-wor­king, Fablab et lieux à l’initiative des usa­gers. A par­tir des témoi­gnages de Julie ESPOSITO, direc­trice de La Cantine, tiers-lieu implan­té dans le centre de Toulouse depuis plu­sieurs années, issu du réseau de La Mêlée numé­rique, et de Bernard BRUNET, consul­tant hono­raire en déve­lop­pe­ment local et à l’initiative d’un Fablab sur la Ville de Pamiers, les dif­fé­rents échanges qui ont sui­vi, ont per­mis d’amorcer une réflexion sur le rôle que peuvent avoir ces entre­prises du XXIe siècle dans le déve­lop­pe­ment local des ter­ri­toires.

Les modes de tra­vail ont évo­lué. Que ce soit avec l’ère du numé­rique qui favo­rise le télé-tra­vail mais aus­si par un déve­lop­pe­ment des formes d’entreprenariat. Ces nou­veaux modes entrainent un besoin plus impor­tant de contact, d’échange et de soli­da­ri­té. Les tra­vailleurs indé­pen­dants ont besoin d’espaces où ils peuvent mutua­li­ser leurs res­sources et par­ta­ger des formes de créa­ti­vi­té éco­no­mique.

Les tiers-lieux sont ain­si, avant tout, des lieux de ren­contre, de par­tage et de convi­via­li­té. Ils contri­buent à une nou­velle forme de vivre-ensemble et ont donc toute leur place dans les centres anciens. Ce sont des lieux de tous les pos­sibles, qui à la fois abritent des dyna­miques éco­no­miques liées à l’emploi mais aus­si des usages de la vie de tous les jours et en lien avec les quar­tiers dans les­quels ils s’implantent. Ils doivent être modu­laires pour évo­luer dans le temps.

Dans les centres anciens, notam­ment pour ceux qui se pau­pé­risent, ils peuvent redon­ner une nou­velle fier­té aux habi­tants. Ce sont leurs lieux d’expression, puisqu’ils en sont à l’initiative. En effet, pour que les tiers-lieux soient une réus­site, il est impor­tant qu’ils soient por­tés par les usa­gers et les citoyens. Les col­lec­ti­vi­tés ont ain­si un rôle de faci­li­ta­tion dans la créa­tion de ces espaces, par exemple en met­tant à dis­po­si­tion du fon­cier.

C’est une nou­velle forme de par­te­na­riat qui se forme entre les acteurs publics et ce qu’on pour­rait nom­mer les « acteurs com­muns » puisque les tiers-lieux sont des lieux de biens com­muns. L’ensemble de ces ini­tia­tives se déve­loppe sur les ter­ri­toires depuis peu de temps. Ce sont des réflexions nou­velles pour les­quelles les acteurs de tiers-lieux ins­tal­lés depuis plu­sieurs années doivent appuyer les ter­ri­toires novices.

PARTICIPATION CITOYENNE ET REDYNAMISATION DES CENTRES ANCIENS

Les démarches de par­ti­ci­pa­tion et de concer­ta­tion au ser­vice de pro­jet de redy­na­mi­sa­tion des centres anciens ont été abor­dées par Gérard GASSELIN, direc­teur de Solidarité Villes, Camille COSTE, en ser­vice civique à la Ville de Lavelanet et Lionel RAMI, chef de pro­jet AMI Centre-Bourg sur la Ville de Lauzerte. Ces trois pré­sen­ta­tions ont été l’occasion de mon­trer que lorsqu’il s’agit de par­ti­ci­pa­tion, il est impos­sible d’appliquer des outils et méthode « copier-col­ler » d’un ter­ri­toire à l’autre. Chaque site a ses spé­ci­fi­ci­tés qu’il faut prendre en compte lors de la mise en place de ces démarches par­ti­ci­pa­tives.

Qui plus est, ces démarches appa­raissent de plus en plus essen­tielles dans la fabrique des ter­ri­toires, notam­ment dans des pro­jets de redy­na­mi­sa­tion des centres anciens. Si l’on sou­haite que les habi­tants se réap­pro­prient ces quar­tiers, ils doivent être asso­ciés dès la réflexion et la construc­tion du pro­jet. C’est ce que les exemples de la Ville de Lavelanet et de Lauzerte ont démon­tré. Ces deux centres-bourgs, dans le cadre de leur pro­jet de redy­na­mi­sa­tion, ont mené des démarches de réflexion avec les habi­tants. Autour d’ateliers de concer­ta­tion thé­ma­ti­sés, d’échanges et de work­shop avec des étu­diants, mais aus­si avec l’intervention d’associations, comme à Lavelanet avec « Caméra au poing » qui a réa­li­sé avec les habi­tants des petits films sur leur centre-bourg, ou encore d’actions de réap­pro­pria­tion des espaces publics, avec la mise en place de repas de quar­tier, de jar­di­nières par­ta­gées ou de boîte à troc, ces retours d’expériences ont mon­tré qu’on pou­vait enclen­cher de véri­tables démarches de co-construc­tion de pro­jet avec les habi­tants, sans y mettre beau­coup de moyens. Cela est une réus­site car les habi­tants changent ain­si petit à petit leur regard sur le centre-bourg et ont envie de plus s’investir pour la vie de leur quar­tier. Les élus y gagnent aus­si en adap­tant leur pro­jet sur mesure par rap­port aux réels besoins des usa­gers.

L’USAGE DU NUMÉRIQUE DANS LA PARTICIPATION ET L’APPROPRIATION DES HABITANTS DE LEURS PATRIMOINES

Mathieu MARSAN, char­gé de mis­sion à Sites & Cités remar­quables de France, a, dans un pre­mier temps, pré­sen­té le guide « Valorisation numé­rique des patri­moines », réa­li­sé par Sites & Cités remar­quables de France en par­te­na­riat avec la DRAC Nouvelle Aquitaine et la Caisse des Dépôts et Consignations, qui recueille un cer­tain nombre d’initiatives autour de ces nou­veaux usages du numé­rique dans les domaines de valo­ri­sa­tion et média­tion des patri­moines. Il a aus­si pré­sen­té le dis­po­si­tif d’Oh Ah Check, qui évo­lue à par­tir de sep­tembre pro­chain pour deve­nir l’application de « Sites & Cités, l’appli » pour un déve­lop­pe­ment du dis­po­si­tif.

Jérémy FRETIN, char­gé de déve­lop­pe­ment à Commeon, a pré­sen­té le dis­po­si­tif que leur struc­ture met en place. Sous la forme d’une pla­te­forme de finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, ils ont pour objec­tif de per­mettre à des acteurs publics ou pri­vés de récol­ter des fonds pour finan­cer des pro­jets liés à la culture et aux patri­moines. Ils ont ain­si déjà œuvré avec le Musée de la Révolution fran­çaise pour acqué­rir la pre­mière pein­ture repré­sen­tant la République mais aus­si avec l’église de Saint-Germain-des-Près pour res­tau­rer la voûte étoi­lée de l’édifice.

Catherine Bernard, directrice-adjointe des Archives municipales de la Ville de Toulouse présente Uban-Hist

Catherine Bernard, direc­trice-adjointe des Archives muni­ci­pales de la Ville de Toulouse pré­sente le dis­po­si­tif Uban-Hist ©Sites & Cités

La Ville de Toulouse a, par la suite, pré­sen­té deux de ses dis­po­si­tifs numé­riques autour de son patri­moine. Catherine BERNARD, , a pré­sen­té le dis­po­si­tif d’Urban-Hist. Ce site inter­net, ouvert au grand public à par­tir de sep­tembre pro­chain, per­met­tra à tout usa­ger, tant sur son ordi­na­teur, que sa tablette ou smart­phone, de décou­vrir autour de lui tout le patri­moine tou­lou­sain, recen­sé par le ser­vice de l’Inventaire. Avec un sys­tème de géo­lo­ca­li­sa­tion, tout en se pro­me­nant, il pour­ra décou­vrir les points remar­quables recen­sés dans la base don­née et une fiche expli­quant les élé­ments essen­tiels de ce patri­moine. Des par­cours thé­ma­ti­sés ou des onglets par thé­ma­tiques seront aus­si pro­po­sés. L’application per­met­tra aus­si de recen­ser tous les ser­vices publics (trans­ports, toi­lettes publiques…) à dis­po­si­tion de l’usager.

Marie BONNABEL, du Couvent des Jacobins à la Ville de Toulouse, a pré­sen­té le nou­veau par­cours ludique sur tablette mis en place pour les familles au sein du Couvent des Jacobins. A tra­vers un jeu de piste au sein du monu­ment, il per­met aux enfants de décou­vrir toute l’histoire et le patri­moine du lieu.

La jour­née a été conclue par Annette LAIGNEAU, Maire-Adjointe à la Ville de Toulouse en charge de la coor­di­na­tion des poli­tiques d’urbanisme et d’aménagement, de la mise en valeur du patri­moine tou­lou­sain et de la pro­cé­dure de clas­se­ment du centre-ville de Toulouse au patri­moine mon­dial de l’UNESCO, qui a rap­pe­lé le rôle essen­tiel qu’avaient les citoyens dans les pro­jets sur les cœurs de ville et la recon­nais­sance de leurs patri­moines.